Les Poules: Les contes de l’Amère loi

  • Vendredi 2 octobre 1987
Motel Colibri
Victoriaville

Les Poules jouent en 1987 à Montréal, à Alma et à Victoriaville, dans le cadre du Festival international de musique actuelle. Formé de trois des cinq membres de Wondeur Brass, soit Joane Hétu, Diane Labrosse et Danielle Palardy Roger, cette expérience parallèle à Wondeur Brass et qui se prolongera, exploite à fond la philosophie de la liberté d’expression, de l’autoprovocation et de la spontanéité.

Le nom même du groupe ainsi que celui de leur album «Les contes de l’amère loi», donnent le ton à des pièces anti-séductrices où l’on retrouve jeux de mots et dérogations tant langagières que musicales. D’abord sous la forme d’un album où se juxtaposent musique programmée et improvisation, la formation se produit aussi sur scène dans le même esprit de canevas ouverts et d’improvisation extrême.

Dossier de presse

Review

Par CW Vrtacek in Option #73 (ÉU), 1 mars 1997
An engaging album, and heavy potential.

Les Poules (The Chicks) are Joane Hétu (alto sax, synth, voice), Diane Labrosse (synth, voice) and Danielle Roger (drums, drum machine, synth and voice), and together they have one of the strongest grasps of how to manipulate sound that I’ve heard in a long time. There are some vague traces of early Henry Cow, even earlier Gong, and Matching Mole, but past that the album moves quickly off to define itself on its own terms. "Human Pinball" sets up a skittery and sometimes silly sonic edge, while Solliloque pour Simone uses a slow, open drum pulse to pin together watery washes of synths and a lonely, poetic sax line, all to great effect. Faust et son pain is a muscular and tense,bit of music quite apart from the two pieces I first described. In fact, if there’s a weakness to this album, it might be that it’s a little disjointed. All the cuts stand up just fine on their own, but strung together as an album, the overall effect is an unpredictable mood, shifting emotions and some bits that shine more than others. But these women have really got a handle on their sound structures, and l’d like to hear them focus their musical efforts around a central theme with more Iyrics. An engaging album, and heavy potential.

Critique

in SOCAN, Le Compositeur Canadien (Canada), 1 janvier 1988
Le tout dans une réalisation indescriptible qu’il faut entendre pour croire.

Le moins qu’on puisse dire du disque des Poules, c’est que c’est un projet pas comme les autres. Comme le déclarent eux-mêmes les auteurs en pochette, «la matière de cet album fut composée avec imprudences, accidents, hasards, plaisirs, conflits et synchronicités en système MIDI, programmation & improvisation, dans le cadre de Human Feelings et Programming Time, projet subventionné par le Conseil des Arts du Canada.» Tout un programme, en effet, mené à bien en français et en anglais par Joane Hétu (saxe alto, synthétiseur CS-S, voix), Diane Labrosse (synthétiseurs CZ-5000, Poly 6 et DX7, voix) et Danielle Roger (batterie acoustique et électronique RX II synthétiseur Poly 6, voix). Le tout dans une réalisation indescriptible qu’il faut entendre pour croire.

Plus que de l’ambiance

Par Maurice Lachance in Spirale (Québec), 1 mai 1987
… les œuvres de ces musiciens montréalais cherchent à traduire une réalité.

Des poules qui pensent

Une autre formation attire l’attention parmi la dizaine de disques produits par Ambiances Magnétiques. Les Poules, qui réunissent trois anciennes musiciennes du groupe Wondeur Brass (Joane Hétu, Diane Labrosse, Danielle Roger), présentent un album remarquable par son audace et son originalité. Les contes de l’amère loi sont une dizaine de pièces anti-séductrices qui provoquent l’auditeur. Aussitôt qu’une mélodie commence à prendre forme, on arrête le mouvement. Aussitôt qu’un travail harmonique devient facile, on ajoute des dissonances. Utilisant synthétiseurs, saxophone, batteries, ces musiciennes font reposer leurs compositions sur la répétition. Les rythmes se veulent lourds et les solos bruyants. Mais on aime, et la raison est simple: ce groupe a une pensée musicale. Entre Laurie Anderson, le free jazz, Kurt Weill, Carla Bley, Les Poules se font entendre et ne laissent pas indifférent.

Une chanson, Au mur la chair, commence avec une cadence soutenue par une batterie électronique et des cymbales, au loin. Quelques notes graves de synthétiseur s’ajoutent et c’est tout. Ce son simple et brut demeurera tel jusqu’à la fin. Mais trois voix filtrées à travers les labyrinthes de la technologie viennent réciter des paroles sur la passion du corps. C’est paradoxal: une plainte qui dit le désir de la promiscuité charnelle au moyen de voix robotisées. Voilà ce que j’appellerais une musique engagée dans une signification qui déborde le cadre de la simple écoute passive. L’auditeur est convié à une réflexion.

Si j’ai choisi de ne parler que de deux disques, c’est qu’ils m’apparaissent comme les plus représentatifs de cette musique que l’on appelle «alternative». Une chose est sûre: la musique veut faire sens. Elle ne se contente pas d’être une suite de notes. On la charge de références sociales, d’un discours politique. Sa structure veut nous donner une image du monde. Un peu à la façon dont les critiques disaient de la musique répétitive de Philip Glass qu’elle représentait le monde rapide et insensé de la vie moderne, les œuvres de ces musiciens montréalais cherchent à traduire une réalité. Ce processus de traduction musicale est également une quête de sens.

Critique

Par Bernard Gueffier in Notes (France), 1 février 1987
… mêlant harmonie et dissonance, contradiction et cohérence, comme toute musique de plénitude.

Pour ceux qui n’ont pas la mémoire trop courte, Les poules c’est Joane Hétu (sax. synthé, voix), Diane Labrosse (synthés, voix) et Danielle Roger (batterie, synthé, voix), toutes trois également membres de Wondeur Brass (cf NOTES n°23). Ces deux formations participent aux côtés de la "famille" des ex-Conventum au collectif Ambiances Magnétiques, qui regroupe l’essentiel de la scène des musiques nouvelles du Québec.

Les trois Poules se sont livrées ici à une expérience ponctuelle parallèle à Wondeur Brass, en tentant une approche improvisée des structures mécaniques suggérées par l’instrumentation moderne.

Et la tentative est réussie: déroutante, accidentée, bancale à souhait. Toujours pleine de surprises, de méprises, de reprises, de hasards et de conflits, mêlant harmonie et dissonance, contradiction et cohérence, comme toute musique de plénitude. Comme la vie elle-même.

Les dernières couvées d’Ambiances Magnétiques

Par Alain Brunet in La Presse (Québec), 14 décembre 1986
Mais c’est davantage la qualité de leurs assemblages sonores qui ressort avec Les Contes de l’amère loi

Voici les septième et huitième albums du petit label Ambiances Magnétiques. Cette étiquette offre les musiques montréalaises les plus actuelle, les plus iconoclastes, les plus éclatées. Mais aussi des musiques qui n’ont rien de débutantes, encore moins frimeuse, Voici donc le duo Derome-Lussier et Les Poules.

Ce label ne rassemble pas des enfants d’école. Le guitariste René Lussier, le flûtiste-saxophoniste Jean Derome, le guitariste chanteur André Duchesne, le ventiste Robert Lepage, le collectif féminin Wondeur Brass, le pianiste St-Jak. Tous ces artistes produisent eux-mêmes leurs albums et se sont ainsi regroupés autour d’une seule étiquette. Bien entendu, le caractère osé, de leurs approche n’a jamais séduit les compagnie de disques, ce qui les ont obligé de s’organiser eux-mêmes. Il ont ainsi appris à maîtriser toutes les étapes de la confection d’un disque.

Ainsi donc, ce nouveau label allait succéder aux premières tentatives de ce milieu proche de la musique improvisée et de moult influences contemporaines. L’étiquette a déjà huit disques, et quatre autres sont prévus pour un avenir rapproché. Un disque de Robert Lepage solo, un autre Derome-Lussier (volume 2), et puis un nouvel album de Wonder Brass.

Évidemment, Ambiances Magnétiques s’adresse à des publics restreints, pour le moins ouverts aux plus novatrices des tentatives. Des petits auditoires disséminés dans tout l’Occident. «Lorsque tu fais l’addition ça fait beaucoup de monde, de constater Jean Derome. Mais ça pourrait aller mieux à Montréal, j’suis toujours surpris du marché alternatif, si peu branché sur ce qui se passe ici. Nos maniaques de nouvelle musique se font venir du rock polonais ne sachant pas ce qu’on a fait depuis cinq ans!» ajoute-t-il, désireux de s’implanter davantage dans son propre patelin. Nul n est prophète en son pays, dirait-on… Mais parlons plutôt des récents produits d’Ambiances Magnétiques.

Les Poules, heureuse couvée de Wondeur Brass

Les Poules: Diane Labrosse, Joane Hétu et Danielle Roger, toutes trois membres du groupe de femmes-musiciennes Wondeur Brass. Mais n’allez pas imaginer que les Poules sont des GoGos ou des Bangles, version québécoise! Aux antipodes de ces démarches pop…

De plus, les Poules n’empruntent pas le chemin de leur formation d’origine: «Wonder Brass est plus acoustique, s’inscrit dans un processus de big band et de musique très structurée. Mais on ne se sent pas en conflit; on a le goût des Poules, on a le goût de Wonder Brass; il s’agit de deux approches complètement différentes, qui se complètent», de préciser la batteuse (moissonneuse itou) du groupe, Danielle Roger.

Les Poules ont pris un an pour arriver à l’éclosion; elles ont travaillé six mois en atelier puis au printemps dernier, elles ont envahi un studio aux conditions intimes et pas trop dispendieuses. Et le disque des Poules prit sa forme finale cet automne. Une panoplie nuancée de sons hétéroclites s’en dégage. L’harmonie de leurs chants se transforme abruptement en portraits vitrioliques, où la dissonance se mêle pertinemment à la pulsation rythmique. Les instruments y sont libres au maximum, bien que très bien encadrés par leurs canevas. Mais pas question de dégueuler les sons pour avoir l’air avant-gardiste ou radical.

«Le leitmotiv, c’était l’improvisation. Tous les canevas étaient placés, écrits. Sauf qu’on ne voulait pas enregistrer comme dans le cadre de Wonder Brass, avec une pièce immuable», précise Danielle.

Or avec des canevas ouverts, la composition ne se termine pratiquement pas. «On était toujours en processus d’écriture: en atelier, à l’enregistrement, au mixage, on a retravaillé la manière jusqu’à la gravure de l’album! Alors en show, on retravaillera la matière en show. Dans ce cas-ci, on était très libre, même si la liberté était parfois souffrante. Tu sais pas toujours où tu t’en vas, mais tu y vas quand même car le plaisir l’emporte sur l’insécurité.»

On a donc affaire à des musiciennes-conceptrices améliorées. Joane Hétu, la saxophoniste, a fait un très gros pas dans sa recherche de textures, maîtrisant nettement mieux son instrument. Harmoniquement, le travail de Diane Labrosse s’avère aussi fort intéressant; un très beau choix d’accords (parfois tout à fait «normaux»), qui se combine à un judicieux travail de textures. D’autre part, le travail percussif de Danielle Roger s’avère relativement schématique, mais révèle de très intéressantes stratégies qui enrichissent le son d’ensemble. En somme, les améliorations techniques et conceptuelles élèvent ces dames. Mais c’est davantage la qualité de leurs assemblages sonores qui ressort avec Les Contes de l’amère loi (titre de l’album).

Les contes de l’amère loi

Par Mark Miller in The Globe and Mail (Canada), 23 octobre 1986
Rudimentary though many of the songs and instrumentals may seem, there’s no denying their passion, flair or imagination.

"This album," so the liner notes to "The tales of Mother Goose" explain, "was composed with hazards, accidents, imprudence, pleasure, conflicts and synchronicities in midi programs and improvisations."

Midi programs aside, that could describe the processes of jazz. But Les Poules of Montréal—Joane Hétu (saxophone), Diane Labrosse (keyboards) and Danielle Roger (percussion), all of whom also play in Wondeur Brass—are onto something else quite different and quite personal.

Theirs is a kind of kitchen music for the eighties, high-tech but everyday music, very new but very human — midi programs aside. They have ideas aplenty, but simple and effective ideas this time out closer in proportion (than has sometimes been the case with Wondeur Brass) to the musicians’ abilities to execute them. Rudimentary though many of the songs and instrumentals may seem, there’s no denying their passion, flair or imagination.

Autres textes dans

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