Ensemble SuperMusique: Palimpseste d’orchestre

  • Vendredi 1 avril 2005
    20h30
  • Samedi 2 avril 2005
    20h30
Usine C
1345, avenue Lalonde (entre de la Visitation et Panet, une rue au sud d’Ontario)

Afin de célébrer les 25 ans de Productions SuperMusique, les directrices artistiques Joane Hétu, Diane Labrosse et Danielle Palardy Roger — membres fondatrices des groupes Wondeur Brass, Les Poules, Justine et de l’Ensemble SuperMusique — ont conçu l’événement musical Palimpseste d’orchestre, partitions grattées, coupées, collées et transformées.

Développé à partir d’œuvres écrites depuis le collectif Wondeur Brass jusqu’à aujourd’hui, Palimpseste d’orchestre présente une réécriture, un remixage et une transformation de ces musiques. Cet événement représentera les grandes tendances de la musique actuelle telles qu’elles ont été mises de l’avant par Productions SuperMusique depuis 1979.

Les trois œuvres qui forment le programme de Palimpseste d’orchestre nous feront également vivre une expérience acousmatique. En effet, la musique interprétée sur scène par l’Ensemble SuperMusique sera traitée en direct par les sonorisateurs Bernard Grenon et Martin Léveillé et sera spatialisée par l’électroacousticien Jean-François Denis, via un ensemble de haut-parleurs disposés dans le public.

À propos… L’Ensemble SuperMusique est un ensemble à géométrie variable fondé par Danielle Palardy Roger en 1998 et qui est exclusivement voué à l’interprétation de la musique actuelle et à l’improvisation. L’Ensemble est composé d’instrumentistes qui gravitent autour de l’étiquette de disques Ambiances Magnétiques et de PSM. Ces musiciens et musiciennes ont acquis, au cours des vingt-cinq dernières années, une compréhension immense et significative du langage de la musique actuelle et sont passés maîtres dans cette discipline.

Programme

  • Diane Labrosse: Retour sur les lieux du crime (détours, zappings et déjà vus)
  • Joane Hétu: Zig Zag en forme de chants (extraits de chansons en forme de chant-mosaïque)
  • Danielle Palardy Roger: Music Mnésic (là où la mémoire nous revient à travers un brouillard de sons)

Dossier de presse

Un quart de siècle de laboratoire pour l’Ensemble SuperMusique

Par Alain Brunet in La Presse (Québec), 1 avril 2005

Partitions grattées, coupées, collées, remixées, transformées. Un quart de siècle de relecture constitue le corpus de Palimpseste d’orchestre, concert commémoratif prévus ce soir et demain à l’Usine C.

Pour célébrer les 25 ans des Productions SuperMusique, les directrices artistiques Joane Hétu (saxophone), Diane Labrosse (échantillonnages numériques) et Danielle Palardy Roger (percussions) ont conçu ces concerts-événements afin de rendre compte du travail accompli par les groupes Wondeur Brass, Les Poules, Justine et de l’Ensemble SuperMusique dont elles sont les membres fondatrices. Assistées des membres de l’Ensemble SuperMusique, elles comptent y évoquer les tendances fortes de la musique actuelle telles que mises de l’avant depuis 1979.

Qui plus est, les trois œuvres au programme de ce Palimpseste d’orchestre nous feront vivre une expérience acousmatique: la musique interprétée sur scène par l’Ensemble SuperMusique sera traitée en direct par les sonorisateurs Bernard Grenon et Martin Léveillé, spatialisée par l’électroacousticien Jean-François Denis. Ambitieux concept, en somme, d’autant plus que l’Ensemble des trois musiciennes puise parmi les meilleurs éléments de la musique dite actuelle: les percussionnistes Pierre Tanguay et Michel F Côté, le contrebassiste Pierre Cartier, le guitariste Bernard Falaise, Martin Tétreault aux tables tournantes, Jean Derome et Laurie Freedman aux instruments à vent.

«Pour commémorer ces 25 ans, explique Danielle Palardy Roger, nous nous sommes donné carte blanche. Diane Labrosse est remontée jusqu’aux tout débuts de Wondeur Brass à l’époque où on a commencé aux Clochards Célestes (les actuelles Foufs), bien qu’elle ait aussi pigé dans un répertoire plus récent. Joane Hétu, elle, a entrepris de créer une seule pièce à partir de 20 miniatures d’une minute. Ces minutes comprennent aussi des éléments de ses propres projets tels Castor et compagnie ou Nous perçons les oreilles. Pour ma part, j’ai repris six pièces créées au cours de cette période, de la fin de Justine au premier répertoire de Wondeur Brass.»

On s’en doute bien, il est hors de question de livrer sur scène un décalque du passé.

«À l’époque, raconte Danielle Palardy Roger, nous n’écrivions pas la musique, nous n’avions pas de partitions. Il nous a donc fallu relire le matériel à partir des enregistrements. Par exemple, j’ai repris les pièces en dictée pour ensuite créer des partitions à partir des lignes développées par chaque instrumentiste. Mais il y a des différences évidentes avec les livraisons originelles; nous partons d’une base assumée par les trois créatrices, on fait ensuite évoluer le matériel.»

Non seulement l’ensemble SuperMusique s’appliquera-t-il à faire évoluer ses classiques, mais encore la diffusion des sons sera magnifiée ici et maintenant.

«Il s’agit aussi d’un projet de spatialisation acoustique. L’Ensemble sera assez éloigné du public, il sera amplifié par une façade stréréo conventionnelle, mais le public sera entouré de 12 enceintes mettant en relief des éléments sonores précis. En fait, la livraison sera beaucoup plus proche de la musique telle qu’on la pratique maintenant.»

Un quart de siècle de laboratoire, donc, ça se fête en grand. Danielle Palardy Roger ne se fera pas prier pour évoquer quelques souvenirs en ce sens.

«Nous étions dans une mouvance créatrice en théâtre, en arts visuels et en musique, mais c’est surtout de la musique qu’on voulait faire. Nous formions un groupe iconoclaste de femmes dont l’intention claire était de jouer d’une façon non conventionnelle. Nous ne voulions pas suivre de recettes, nous voulions aborder la musique d’une façon inédite, et ça a donné la musique qu’on connaît. Et qu’on fait encore évoluer aujourd’hui. Nous sommes toujours dans le même créneau, d’ailleurs.»

«Vingt-cinq ans plus tard, nous jouissons d’une réputation tant au plan de la production, de la diffusion que de la création. On ne fera pas dans la fausse humilité: au plan de la production et la diffusion des musiques de création, notre contribution est grande. En tant que créatrices? Nous sommes rendues ailleurs: nous continuons de fouiller, creuser. Nous n’avons pas une attitude anthologique en ce sens, nous ne faisons pas dans le pot-pourri. Nous revisitons, car nos musiques ne cessent de bouger. Parce qu’il n’y a pas d’intérêt à copier ce qui s’est fait il y a 25 ans. C’est pour ça qu’on trippe tant sur le concept de palimpseste.»

Palimpseste, rappelons-le pour vous épargner une visite dans le Petit Robert, est un parchemin manuscrit dont on a effacé la première écriture afin de pouvoir écrire un nouveau texte. Est-ce assez clair?

L’Ensemble SuperMusique se produit ce soir et demain, 20h30, à l’Usine C. Pour de plus amples informations: www.supermusique.qc.ca

Retour vers le futur

Par Bernard Lamarche in Le Devoir (Québec), 31 mars 2005

Un concert pour souligner 25 ans de musique actuelle

Pour ses 25 ans, la compagnie Productions SuperMusique se paye du luxe: l’Usine C et un retour dans le passé. Demain et samedi, un catalogue impressionnant de musique actuelle sera revisité, relu et actualisé. Ce catalogue est celui des trois fondatrices de la compagnie, soit Joane Hétu, Diane Labrosse et Danielle Palardy Roger, qui à elles seules peuvent revendiquer un pan considérable de la musique actuelle qui s’est faite au Québec depuis 1980.

Avec Palimpseste d’orchestre, Partitions grattées, coupées, collées et transformées, le trio de compositrices fera profiter les amateurs de trois nouvelles pièces faites à partir d’anciens morceaux. Les sonorités entendues seront celles, présentées sous forme de pot-pourri ou de citations revues et corrigées au goût du moment, de musiques pondues depuis 1979 en solo ou en collectif au sein de groupes dont les noms ravivent maints souvenirs: Wondeur Brass, Les Poules, Justine, Castor et compagnies ou encore Nous perçons les oreilles. Les grandes tendances des musiques produites par SuperMusique seront remises sur le tapis.

Sorte de bilan, ce concert fait de commémorations? Pas selon Joane Hétu. «On avait le goût de revisiter notre catalogue. C’est un temps d’arrêt, la première fois qu’on regarde en arrière. En musique actuelle, on a toujours la prétention d’être à l’avant-garde, dans la recherche, dans l’innovation. Au bout du compte, ce 25e anniversaire a permis de revoir le chemin parcouru.»

Danielle Palardy Roger proposera Music Mnésic, où des extraits d’anciennes partitions sont réinscrits dans une trame organisée autour de brouillages. Diane Labrosse signera Retour sur les lieux du crime, une pièce faite de superpositions de partitions, alors que Joane Hétu soumettra Zig Zag en forme de chants, qui reprend vingt courts extraits de pièces chantées.

Les musiques du passé seront rehaussées avec des instrumentations différentes, une nouvelle lutherie, des tourne-disques, des échantillonneurs et de l’électronique. «À mon avis, ça fait de la musique de 2005», selon Hétu, qui sera accompagnée, elle et ses comparses, par l’Ensemble SuperMusique, formé de onze musiciens plus que solides, dont Lori Freedman, Michel F Côté, Bernard Falaise, Jean Derome et Martin Tétrault.

Ce voyage dans le temps ramènera des sons perdus dans les dédales de l’histoire, notamment celle des années 80 et ses ambiances synthétiques. La musique actuelle d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui, elle passe dans les moeurs, récupérée des années après par la pop. Hétu reconnaît qu’elle a souri à quelques reprises en astiquant ses antiques. Cette traversée l’aura menée à délaisser la chanson, pour favoriser une forme de musique improvisée, vers une musicalité marquée par le dépouillement, le minimalisme et le bruitisme.

Le concert sera un mélange de sonorisation conventionnelle et de spatialisation à plusieurs haut-parleurs, une rencontre d’anciennes musiques et de nouvelles. «Ça fait peut-être un spectacle qui peut toucher plus de gens qu’habituellement. Il n’y a pas que l’aspect très abstrait dans lequel on travaille maintenant. Il y a des thèmes qui ressortent. Parfois, il faut juste avoir un petit quelque chose pour s’accrocher, pour pouvoir prendre l’innovation.» À l’Usine C, demain et samedi, à 20h30.

La musique actuelle peut-elle vieillir?

Par Lili Marin in Radio-Canada: Guide culturel (Québec), 28 mars 2005

Pas pour les Productions SuperMusique, qui célèbrent 25 ans de création en grattant, coupant, collant et transformant leurs partitions en un Palimpseste d’orchestre.

Jamais de copie
«Je n’ai pas d’intérêt à rejouer les pièces telles que je les ai jouées il y a 20 ans. J’ai le goût de maintenir le lien avec où je suis dans la création, maintenant», prévient Danielle Palardy Roger, cofondatrice des Productions SuperMusique avec Joane Hétu et Diane Labrosse. Les musiques subiront en direct des manipulations électroniques, puis seront spatialisées via un orchestre de haut-parleurs. «Nous n’avons jamais travaillé dans la copie de nous-mêmes. Ça a joué contre nous, parce que ça a toujours dérouté notre public», admet-elle.

Exigeante mais accessible
Improvisée, bruitiste, électronique, la musique actuelle plaît autant aux philosophes qu’aux scientifiques, «des esprits qui cherchent de nouveaux chemins». Contrairement à la musique contemporaine, qui descend de la musique classique, elle n’est pourtant pas «une musique d’université». Dans la lignée des musiques populaires comme le folklore, le jazz et le rock, elle est de tradition orale.

Des improvisations envolées
«L’histoire de la musique actuelle n’existe pas, on est en train de la faire», affirme Danielle Palardy Roger. Pour ce spectacle commémorant un quart de siècle de diffusion de musique de création, elle a dû se prêter à un véritable travail d’archéologue, notant les morceaux qui avaient été enregistrés sur disques. «À l’époque, comme nous travaillions en collectif, il n’y avait pas de partition de chef. Chacun avait la sienne, quand ce n’était pas carrément du par coeur, ce qui fait que beaucoup de musiques se sont perdues.»

Mémoire numérisée
Afin de remédier à cette absence de traces, Productions SuperMusique a mis en ligne ses archives: articles, programmes, photos, affiches et pochettes de disques qui ont marqué le parcours de la compagnie depuis ses débuts en 1979. Une exposition de quelques documents historiques se tiendra aussi dans le foyer de l’Usine C, lors des deux concerts.

Wondeur Brass, Les Poules, Justine et les autres
«Le type de musique qu’on faisait, personne n’en voulait, se souvient Danielle Palardy Roger. Il y a 25 ans, une femme qui jouait de la batterie, du sax, de la trompette, de la basse, ce n’était pas fréquent - ça ne l’est toujours pas - et ça nous excluait.» Voilà pourquoi elle a fondé avec huit autres femmes un premier collectif, Wondeur Brass, que le chroniqueur Pierre Foglia avait qualifié de subversif. D’autres ont suivi, tandis qu’elles poursuivaient en parallèle des projets solos.

Mouvement international
Avant de participer au festival français Musiques et femmes, en 1984, elles se croyaient seules au monde à faire ce genre de musique. Elles y ont découvert le Feminist Improvising Group et , un collectif de rock progressif iconoclaste. «C’est là que nous avons été capables de nous identifier à un mouvement. Puis, nous avons pris contact avec d’autres musiciens qui faisaient ce genre de musique à Montréal.» C’est ainsi qu’elles ont commencé à collaborer avec les René Lussier, Robert M. Lepage, Jean Derome et André Duchesne, qui ont fondé l’étiquette Ambiances magnétiques.

Nouvelle lutherie
Aujourd’hui, l’exploration musicale passe beaucoup par l’ordinateur et la nouvelle lutherie (instruments trafiqués, tourne-disques, etc.). «Nous avons d’excellentes instrumentistes à Montréal et il y a une relève intéressante, surtout en électronique.»

Une salle dédiée aux musiques d’aujourd’hui
«Présentement, nous devons nous promener dans diverses salles, davantage conçues pour l’oeil que pour l’oreille, au gré de leurs disponibilités. En plus de nous coûter cher, cela fait difficile pour le public de nous retrouver.» Les Productions SuperMusique, de concert avec le Nouvel ensemble moderne et Réseaux des arts médiatiques, travaillent depuis 2001 pour doter les musiques d’aujourd’hui d’un lieu dédié, avec une salle de spectacles, un café et un espace pour accueillir des artistes étrangers. Un tel lieu existe à Amsterdam, De IJsbreker (Le Brise-Glace). Il s’y donne environ 150 concerts par an.