Canot-camping, expéditions #5 et #6

  • Wednesday March 13, 2002
  • Thursday March 14, 2002
5e salle — Place des Arts
175, rue Sainte-Catherine Ouest

The pretext for Canot-camping is a group outing: an introduction to the canoe trip. Here the music alternates between written themes, background music, and moments of total improvisation, which can include the theatricality that is needed to describe the different aspects of the trip. First, there is the setting (undergrowth, river, rapids, lakes); then the states (fear, danger); the parts of the day (sunrise and sunset); the elements (rain, wind); and finally the camping itself (setting up, building a fire, swimming). In order to communicate with the musicians and conduct this piece, Jean Derome had to develop a series of signals that he derived from both those used in improvisation and sign language. The overall visual and auditory effect is captivating. This work was created for Une exposition de musique (Montréal, 2000) and was also performed at the Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville (May 2000).

In the Press

Du canot-camping au centre-ville

By Patrick Gauthier in Le Journal de Montréal (Québec), March 15, 2002

Pendant que les skieurs pensaient avec tristesse à la fin d’un hiver qui n’a jamais débuté, Jean Derome célébrait déjà le printemps avec sa sixième expédition de Canot-Camping, à la Cinquiéme Salle de la PdA.

Canot-Camping? De l’exploration sonore, oui. Se guidant sur un canevas plutôt permissif, Derome dirige dix musiciens, des défricheurs étoiles, il va s’en dire, qui répondent au chef de l’expédition au doigt et-à l’œil. Littéralement.

On ne sait plus trop si ce qu’on entend est encore de la musique, mais on est drôlement impressionné par la performance de Jean Derome et l’Ensemble SuperMusique.Si Dubmatique respecte trop les règles, Derome, lui, les repousse d’un couinement de saxophone.

Évidemment jazz, Prises d’opposition

By Claude Côté in Voir (Québec), March 14, 2002

Pour les initiés, il s’agit presque d’une vérité de La Palisse: la scène jazz à Montréal est en pleine effervescence. On pourrait même parler d’une révolution intérieure: les clubs de jazz étant à peu près inexistants, les adeptes de la note bleue apparaissent aujourd’hui dans des endroits aussi improbables que le Cabaret du Plateau, l’ancien Théâtre des Variétés, le Zest, l’Alizé, ou encore la Casa del Popolo.

Côté labels, ça bouge aussi: Ambiances Magnétiques, surtout spécialisé dans la musique actuelle, lançait récemment son 100e album (Canot Camping, de Jean Derome) et Effendi, qui se consacre exclusivement au jazz, confirme aussi la vitalité du jazz local par le foisonnement de ses créateurs.

Parmi les événements, la cinquième édition d’Évidemment Jazz, présentée au Zest, offrira une programmation constituée de véritables défricheurs: LML proposera des ateliers d’improvisation pendant trois jours; Voodoo Jazz poussera le jazz funk dans ses derniers retranchements; le Big b’Off alliera poésie et jazz; et la liste s’allonge. De plus, trois nouveaux disques seront lancés lors de l’événement: les premiers du bassiste Normand Lachapelle (étiquette Hursh), et Coral Egan et du guitariste Alex Cattaneo (étiquette Nisapa), ainsi que le plus récent du quintette iks, qui nous livre un quatrième album en cinq ans d’existence.Une belle cuvée.

Porte-parole, aux côtés de Charles Papasoff, la chanteuse Coral Egan nous propose The Path of Least Resistance, produit et réalisé par ce même Papasoff: "C’est un titre à l’image des deux semaines d’enregistrement intensives avec Alex, parce que le temps accordé était court, et qu’il a fallu foncer sans trop se poser de questions, sans accorder d’importance aux menus détails. Il serait donc erroné d’interpréter le titre comme étant la loi du moindre effort." Mais pour Coral, ce titre prend aussi une autre signification: "Je me suis inspirée des archers japonais qui, selon les rites de l’art zen, méditent longtemps avec la cible dans la mire puis, au moment opportun, laissent partir la flèche." Tout vient à point à qui sait attendre, donc. Un adage qu’on pourrait appliquer à l’ensemble du jazz montréalais…

Quant au disque, il s’agit d’une collection de chansons pop guitare-voix. Des versions dénudées de Lonely (Waits), A Felicidade (De Moraes et Jobim), Le Poinçonneur des Lilas (Gainsbourg), insérées subtilement parmi les immortelles de Rogers&Hart, Irving Berlin et Johnny Mercer, en plus d’une composition originale, New Light, Old Window, livrée en deux versions distinctes. Lors de la première édition d’Évidemment Jazz, Egan nous avait pris par surprise avec une relecture sympathique de Bottle of Blues de Beck, malheureusement absente de la sélection finale de ce disque. "Je travaille beaucoup par instinct, admet-elle, la façon dont je chante me vient très naturellement. Ce qui est difficile, c’est ce qui vient après, c’est le rôle que je devrai assumer parce que l’attention sera portée sur moi puisque je suis la chanteuse; même si le travail d’Alex se démarque tout autant."

Expédition sonore

By Bernard Lamarche in Le Devoir (Québec), March 13, 2002

Rares sont les petites compagnies de musique actuelle qui peuvent se vanter d’avoir cent titres au compteur. À partir de ce soir, les Disques Ambiances Magnétiques atteignent ce chiffre inespéré. La centième prise magnétique? L’expédition 4 du projet de Canot-camping de Jean Derome un des piliers de la scène québécoise, par ailleurs fondateur de l’étiquette Ambiances Magnétiques. Ce soir et demain, Jean Derome débarque à la Cinquième salle de la Place des Arts, avec l’ensemble SuperMusique et ses onze musiciens. Nous irons encore au bois pour les expéditions 5 et 6.

Le saxophoniste, lauréat du prix Opus 2001 pour l’artiste s’étant le plus illustré à l’étranger, se réjouit à juste titre de la longévité de l’étiquette qu’il a créée en 1983. «C’est incroyable. Ça prend des dimensions sérieuses et internationales. Il a quand même une esthétique générale qui se dégage, associée ensuite à la musique de Montréal.» En rigolant, Derome raconte qu’il y a des musiciens qu’il rencontre en Europe «qui pensent qu’à tous les soirs à Montréal il y a de la musique comme ça. Je dois leur expliquer qu’il y a une petite partie du monde qui fait cette musique et qu’on ne joue pas tous les soirs. Ça devient tout de même une référence».

Improvisation mixte

«Sur papier, le projet existe depuis très longtemps, rappelle le musicien. Ça fait vingt ans que je pense faire une pièce sur ce sujet-là, toujours inspiré des voyages en canot que je fais annuellement au parc de La Vérendrye.>, Les premiers coups de pagaie ont été donnés en 2001 à l’exposition de musique du Théâtre La Chapelle. D’autres contrées ont été explorées au Colisée de Victoriaville, puis au Festival de jazz d’Ottawa en juillet 2001. L’expédition 4 a été vécue sur trois jours dans un studio de Radio-Canada, pour être rapportée sur disque. «Là, on a enregistré l’équivalent de six disques en durée. Des trojets différents à travers l’expédition ont été effectués.» Le projet, à onze musiciens Derome n’avait pas espoir de pouvoir le monter de nouveau vu la difficulté de faire tourner des gros groupes. Les onze musiciens-improvisateurs travaillenl dans le calme. «C’est une étude de texture, de température, de microclimat.» L’approche de ce disque est variée. Les idées gambadent sur les flots du jazz, de la musique bruitiste, se veulent référentielles à l’occasion, ou concrètes—les éléments naturels s’y retrouvent, comme le vent, les vagues, les moustiques. L’abstraction reprend parfois aussi le dessus, se rapprochant de l’électro-acoustique.

Le projet reste ouvert, mais les balises sont claires, explique Derome. «Chaque expédition est différente, l’itinéraire change à l’intérieur de la méme réserve.» Le projet est abordé comme une carte géographique. Certaines des courtes pièces sont écrites de façon précise, parfois des figures rythmiques sont écrites, mais le choix des notes est laissé aux musiciens. Le tout est «une étude des manières de composer pour un groupe de musiciens».

Loin des big band où les rôles des musiciens sont souvent typés, ici les partitions peuvent se résumer à des terrains ou à des rôles que chacun des musiciens visite à sa manière. D’ailleurs, plus que des instruments, ce sont surtout des interprètes qui ont été choisis. «C’est riche comme matière. Rendu à onze, ça devient complexe. Il faut cartographier ça pour se retrouver et atteindre une certaine efficacité dans le déroulement.» Loin des magmas sonores que Derome a déjà explorés, des couleurs et des lignes seront mises en relief pour ces expéditions. Bien que jouées avec retenue, les conditions climatiques peuvent changer rapidement, tous devront être aux aguets pour ces expéditions urbaines.

Canot-Camping musical

By Bernard Lamarche in Le Devoir (Québec), March 9, 2002

Jean Derome, qui vient tout juste de se voir attribuer le prix Opus 2001 pour l’artiste s’étant le plus illustré à l’étranger, nous invite à un concert expédition. L’idée lui est venue, alors qu’il pratiquait son sport favori (devinez lequel), de transposer ses impressions dans son art favori (devinez aussi lequel). Avec ses collègues actualistes, ce qui s appelle expédition 5 et 6, il propose donc une forme de jeu musical structuré pour 112 improvisateurs. A vous donc d’embarquer dans cette randonnée musicale où, on peut le parier, le ludisme et le plaisir seront du voyage.

À l’aventure avec Jean Derome

By Patrick Gauthier in Le Journal de Montréal (Québec), March 9, 2002

L’histoire, c’est bien. La géographie aussi. Alors parlons de Jean Derome, dont le dernier projet, Canot-Camping, est justement une étonnante exploration de l’espace.

Tiré d’une série d’improvisations dirigées, Canot-Camping est une œuvre déstabilisante qui promène l’auditeur aux limites de la musique. De l’autre côté, le chaos guette. On n’y met jamais le pied.

On écoute Canot-Camping et on se dit que ça doit étre stupéfiant de voir, sur une scène, ces dix musiciens guettant les commandes gestuelles de Derome.

Ça tombe bien: Jean Derome et l’Ensemble SuperMusique s’attaquent à nouveau aux rapides de la musique improvisée, cette semaine.

La vie, c’est du sport!

By Catherine Perrey in Ici Montréal (Québec), March 7, 2002

Jean Derome nous entraine dans son sillage, entre canot-camping et portages. Il ne nous laissera pas deriver.

Jean Derome a recu le Prix Opus, Rayonnement à l'étranger, édition 2001. Comme quoi, il faut du temps pour se faire entendre! Plus souvent en concert de l'autre côté de l'Atlantique qu'ici même, Derome serait-il enfin reconnu chez lui? On ne s'attardera pos trop sur la question…

On parlera plutôt d'expédiffon aquatique. Canot camping, c'est le résultat d'un travall réalisé avec 11 improvisateurs, de vrais boyscouts de l'improvisaffon. D'ailleurs, I'album Canot camping: expédition 4 a été composé pour «11 personnes et non pour 11 instruments.» Onze personnes vivantes. C'est-à-dire capables de répondre du tac au tac aux stimulations auditives. Sans frontière entre l'interpréte et la personne à la direction musicale. Ce qui est typique de la démarche de Jean Derome: «L'interpréte est trés important, et justement, comme un prisme, il capte la lumière. Dès les premières notes de Canot-camping, ce qui fait la force de cet ensemble, c'est justement le poids de la métaphore. Métaphore pour pluie, vent, courants. Métaphore pour nuit, étoiles, tente.

Une dynamite intérieure

«J'essaye de les pousser exactement dans la chose où ils sont bons, et d'autres fois de les mettre exactement dans des situations où ils vont être déséqulilbrés», poursuit Jean Derome, avec un petit sourire narquois. Et c'est ça qu'une connaissance, disons Intime, des interprètes permet.

Dans une relation classique direction musicale-interprètes, cela risque de chambouler radicalement la concepffon de la pièce. Ici, tout est fonction de la relation «climatique. (s'il pleut ou s'il vente) entre Jean Derome et ses interprètes. On part d'un point A, mais c'est pour arriver au point Z, et les dérives sont donc trés controlées. Et surtout, ça laisse une trés grande responsabilité à chacun des musiciens. «En improvisation, c'est à chacun d'être conscient de l'ensemble, il y a des décislans trés, trés rapides qui doivent se prendre.» Avant de couler à pic avec les musiciens!

Voici comment 20 années de pratique de canot-camping ont irrigué la pensée de Jean Derome: «Dans le canot-camping, ce que j'aime comme thémathique, c'est l'aspect anecdotique. Ça rejoint les gens sur une base trés simple: le courrant, les champs, les changements de climat, les possibilités. Les possibilités de façonner, par des signes, avec les musiciens, puis de passer trés rapidement d'une chose à l'autre. La pièce est une mosaïque de petits mouvements. Mais l'ordre n'est pas nécessairement prédéterminé, on peut complétement changer le cours de l'expédition.» Tout est dit.

C’est l’aviron…

By Réjean Beaucage in Voir #781 (Québec), March 7, 2002

Jean Derome et l’ensemble SuperMusique débarquent à la Cinquième salle de la Place des Arts avec Canot-camping, expéditions 5 et 6. Un projet qui a longtemps été en évolution avant d’adopter sa forme actuelle, qui reste ouverte, mais à l’intérieur de balises claires. "Il y a eu plusieurs approches, m’explique le saxophoniste. D’abord, je voulais faire une pièce toute écrite, puis j’ai opté pour une version jeu vidéo qui adopterait la forme d’un concerto, où le personnage est opposé à un milieu et doit franchir des étapes, etc. Pendant plusieurs années, j’ai pensé que je la composerais comme ça. Finalement, quand j’ai commencé à composer, c’était pour l’essayer en atelier à l’Exposition de musique (Théâtre La Chapelle, avril 2000)." Ce fut l’Expédition 1. "Passer en un mois de l’intimité du La Chapelle au Colisée de Victoriaville (Expédition 2), ça n’a pas été l’idéal." L’expérience vécue en fin de FIMAV a, en effet, été difficile. L’Expédition 3 s’est déroulée au Festival de jazz d’Ottawa en juillet 2001 et l’Expédition 4 (voir critique en page Disques) a duré trois jours dans un studio de Radio-Canada. Une expédition à New York en septembre 2001 a dû être annulée à cause de ce que l’on sait.

Bien sûr, l’idée d’une expédition de canot-camping peut évoquer à merveille le travail d’un ensemble de musiciens-improvisateurs. "Je l’aborde comme une carte géographique, un réseau de pièces dont certaines sont écrites, d’autres improvisées; quelques-unes sont des jeux où je dirige l’orchestre avec un système de signes, etc. Tout ça constitue, par exemple, la carte du parc de La Vérendrye, mais à chaque expédition, on ne visite que des parties du parc. On n’essaie pas de visiter tous les lacs, toutes les rivières, tous les campings… Mais on se fait chaque fois un circuit. Et ça dépend toujours de l’humeur des musiciens, ou du temps qu’il fait, parce que si on trouve un coin intéressant, on peut décider d’y rester plus longtemps. En canot, s’il fait très beau ou très mauvais, ça peut influencer ta décision de rester ou de partir. C’est pour ça que chaque version est une expédition. On ne s’imagine pas pouvoir faire le tour en une seule fois."

Les musiciens ont intérêt à rester en alerte, parce que dans la tête de Jean Derome, il peut arriver que les conditions climatiques changent vite! Mais l’ensemble SuperMusique est constitué de canoteurs chevronnés: Nicolas Caloia et Normand Guilbault tiennent les contrebasses, Guillaume Dostaler est au piano, Diane Labrosse à l’accordéon ou à l’échantillonneur, Joane Hétu au sax alto, Tom Walsh au trombone, Jean René à l’alto, Reiner Wiens à la guitare, Pierre Tanguay aux percussions et Martin Tétreault au tourne-disque (à quatre bras).

Derome, qui recevait en novembre dernier le prix Opus du Conseil québécois de la musique pour le rayonnement à l’étranger, retournera en Europe d’ici la fin du mois pour participer au festival Banlieues Bleues avec Joane Hétu (Nous perçons les oreilles) et reprendre la magnifique expérience tentée l’année dernière à Victo avec Louis Sclavis, Bruno Chevillon et Pierre Tanguay. D’autres concerts européens sont prévus avec le quatuor et sans doute un disque. Pour Canot-camping, pas encore de projet à l’extérieur, mais l’album récemment paru pourrait changer ça. Avant tout cependant, deux expéditions au centre-ville. Souhaitons-nous du beau temps!

Is That A Tent Peg In Your Pocket, Or…

By Mike Chamberlain in Hour (Québec), March 7, 2002

The success of any trip depends greatly on the composition of the travelling party. So in fashioning his piece Canot Camping, Jean Derome has written the music with specific musicians in mind.

That group includes many of Montréal% most adventurous improvisers: Derome, Nicolas Caloia, Guillaume Dostaler, Normand Guilbeault, Joane Hétu, Diane Labrosse, Jean René, Martin Tétreault,Tom Walsh and Rainer Wiens.

Canot-Camping is a game piece inspired by, and evoking the sounds and experiences of, Derome's favourite sport: camping. The piece was premiered in April 2000 and performed at Victoriaville and Ottawa: that year. The new recording, Ambiances Magnétiques' 100th, constitutes Expedition 4, and two performances next week, at the Cinquiéme Salle of Place des Arts, will be Expeditions 5 and 6. Unfortunately, this work is performed with about the same frequency that Derome goes camping: infrequently.

While the sounds evoke aspects of the camping experience - waves, insects, thunder - the game approach also simulates the unexpectedness of the canoe trip.

To this end. Derome directs the musicians with a series of 60 signals. Which signals he employs at any one time depend on what is already happening in the piece, but sometimes Derome might throw a curve ball, or, not to mix metaphors, a sudden rain squall at the musicians. This requires improvisers who can think quickly and react in useful and interesting ways to the situation presented much as one might have to act while negotiating a set of rapids.

Derome sees the programmatic aspect of Canot-Camping as an aid to those who might be curious about improvised music, but might find abstract music daunting.

"It's a very abstract piece, he says, "but for somebody who doesn't know about improvised music, it's a good opportunity, because the link with the more exotic aspect of it makes it easier to appreciate. If you don't think about a river, if you're listening to long tones, you might not know what's happening. But because it's a river, some rapids, rain, wind, or whatever, it gives a direct link to the listener, something that they can relate to their own experience of life.

Disques

By Réjean Beaucage in Voir #781 (Québec), March 7, 2002

Centième parution pour l’étiquette Ambiances Magnétiques. Ça tombe bien, parce qu’il y a un peu de tout dans ce nouveau disque de Jean Derome: du calme plat et des remous, de la boucane et des bibittes, des odeurs de jazz et des poussières de tourne-disque. Il faut prendre le temps de se laisser gagner par le rythme d’insouciance qui traverse l’album - un petit swing par-ci, une construction abstraite par-là - pour en venir à se sentir en plein centre d’un lac, au milieu d’un rêve. Beaucoup de retenue chez les 11 musiciens dont l’excellente production rend le travail perceptible avec une grande clarté, bien que l’on ne sache pas toujours très bien de quoi ils jouent! La métaphore du canot-camping offre à Derome une partition virtuelle idéale, et la transposition est des plus réussies. 3,5/5

Canot-Camping

By Dominique Olivier in La Scena Musicale #7:6 (Québec), March 1, 2002

L’«instrumentiste-compositeur-chef d’orchestre-improvisateur» Jean Derome nous a habitués à des événements musicaux inusités, et, surtout uniques, débordants d’imagination et de surprises. Mettant à profit l’art du compositeur, la personnalité des musiciens qui l’accompagnent dans ses expérimentations, les aléas du hasard et bien d’autres choses encore, Derome, récipiendaire du Prix Opus 2001 «Rayonnement à l’étranger», nous invite cette fois à une expédition (ou plutôt à deux) en canot-camping.

Présenté à la Cinquième salle de la Place des Arts et produit par SuperMémé, Canot-camping, Expéditions 5 et 6 nous invite à partager un voyage à l’itinéraire imprévisible et soumis aux intempéries avec musiciens improvisateurs membres de l’Ensemble SuperMusique. Les 13 et 14 mars, Jean Derome et ses accompagnateurs parcourront un «réseau de pièces» appelé Canot-camping et que son créateur accepte (un peu malgré lui) de comparer à une courtepointe aux morceaux de dimensions variables. «Il s’agit en fait de plusieurs pièces reliées. Chacune est appelée par une série de gestes qui annoncent les éléments à venir, les sections libres ou la continuation d’une même action. Chaque fois que j’ai repris Canot-camping, I’itinéraire a été différent. Je fais moi-même du canot dans une immense réserve, le parc de La Vérendrye. Il est impossible de tout visiter en une fois. Dans nos expéditions musicales, le pourcentage d’improvisation est à peu près le même que dans un voyage. Ça permet de ne pas rester pris dans une pièce fermée (à comprendre dans les deux sens du terme…)».

«Faire quelque chose d’aussi ouvert avec 11 instrumentistes n’est pas de tout repos, souligne Jean Derome. Il est difficile, lorsque la polyphonie devient très complexe, de suivre les mouveménts de chaque musicien. Dans un orchestre symphonique, les musiciens sont nombreux à jouer la même ligne. Ici, la grande complexité ne permet pas toujours d’analyser ce que les autres font. La pièce balise un peu le travail et façonne ce qui se passe». Pour ce faire, Derome et ses complices ont conçu un système de signes, inspirés à la fois du langage de l’improvisation et de celui des sourds-muets. Ce système compte maintenant plus de 60 signes. «Nous avons passé bien des répétitions à simplement apprendre les signes. Maintenant, je peux faire des choses assez intéressantes: m’adresser aux musiciens avec des consignes sur le temps, les pulsations, enfin des choses relativement précises. Ça n’est pas encore suffisamment précis à mon goût, mais nous continuons à développer le système pour qu’il s’accorde à nos besoins.»

Dans ce contexte, Jean Derome assume plus que jamais le rôle de chef d’orchestre, tout en restant un des acteurs sonores importants de l’expédition. «En général, j’essaie de faire des choses qui se passent de chef, parce que j’accepte très difficilement de tourner le dos au public. Dans Canot-camping, je suis un des joueurs, mais je consacre aussi beaucoup de temps à donner les consignes aux autres musiciens.»

Sa quatrième version est celle qui a le plus fait évoluer Canot-camping (après une première dans le cadre d’une Exposition de musique au Théâtre de la Chapelle, une deuxième, au Festival de musique actuelle de Victoriaville et une troisième, au Festival de jazz d’Ottawa). Canot-camping, Expédition 4, le 100e disque à paraître sous étiquette Ambiances Magnétiques, sera lancé dans le cadre des concerts Expéditions 5 et 6. «Nous avons accompli en studio un vrai travail de fond», précise Jean Derome, ce qui a fait considérablement évoluer notre musique. «C’est pour moi une approche beaucoup plus abstraite qu’avec les autres productions que j’ai réalisées: il y a eu une recherche profonde sur les textures, les rythmes, le côté aquatique des sonorités et du déroulement. Après Expédition 4, je voulais abandonner le projet. J’étais donc très content que SuperMémé veuille le produire.» Peu optimiste sur l’avenir de Canot-camping en tournée, Jean Derome, à nouveau très motivé par la nouvelle existence de la pièce, rêve maintenant de poursuivre le projet… sur disque. Alors, à bientôt, peut-être, pour d’autres expéditions sonores.