Joker: Où est-il donc ce rêve?

Festival Phénomena 2014

  • Wednesday October 22, 2014
    7:00 pm
  • Thursday October 23, 2014
    7:00 pm
Studio Jean-Valcourt — Conservatoire
4750, avenue Henri-Julien

Codiffusion with the festival Phénomena.

It began one bewildering night. A chorus of voices, riding a time machine, chimed together mysteriously, and the night was jolted by apparitions. Thus appeared the oneiric, irrational world inhabited by these twelve singers and, under their conductor’s unusual signals, their siren songs, their tales of sleeping upright, and their magic-in-sound. That night’s exorbitant playfulness and meteoric dreaming produced vertiginous visions and silences: angels eluding the inferno, exalted in the starry night, forgotten or hidden in the darkness, and tangled in this tide of dreams. They had left the quotidian, one bereft of imagination. In this way, Où est-il donc ce rêve? is an amorphous night animated by a series of short dreams, by turns disjointed and crazed, that stave off the horrifying thought of a dreamless world.

Jean-François Blouin: sound technician; Lucie Bazzo: lighting; Robin Pineda Gould: video; Marie-Christine Quenneville: costumes

Programme

In the Press

Mais où est-il donc, ce rêve?

By Pierre-Luc Senécal in Cette ville étrange (Québec), October 23, 2014
Je résumerai ainsi: «Joker aime le son. J’aime le son. J’aime Joker

Sorte de bibitte à 26 yeux et 13 membres, le chœur Joker est une initiative de la compositrice, saxophoniste, vocaliste et chef de chœur Joane Hétu. Aidée de plusieurs musiciens chevronnés de la musique contemporaine, elle a proposé une performance pour le moins inusitée mercredi soir, au Conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal. En effet, elle présentait Où est-il donc ce rêve?, une pièce de plus de soixante minutes pour un instrument tout à fait particulier: une chorale bruitiste.

La formation fait une entrée remarquée. Entonnant en canon une mélodie simplissime depuis les coulisses, les membres avancent à la queue leu-leu dans la salle, bougie électrique en main, comme lors d’une veillée nocturne. Les membres de la procession sont vêtus de bonnets de nuit, de robes de chambre, de vêtements bariolés et autres accoutrements «charmants» pour citer D. Kimm, directrice artistique du festival Phénomena dans le cadre duquel la pièce est présentée.

Une fois leur mantra achevé, Michel F Côté débute une narration onirique, ponctuant ça et là le discours musical. À remarquer la qualité de la voix du narrateur, mais surtout l’équilibre entre la justesse de ses interventions et celles du chœur, deux organismes dialoguant sans difficulté.

La pièce traite du rêve et de l’affect vis-à-vis «ceux-là» qui tuent nos rêves. Pourtant, j’ai l’impression que Joane Hétu ne m’a pas pris par la main pour me raconter cette histoire. Elle m’a pris par l’épaule, m’a dit de regarder droit devant et m’a laissé voir ce que je voulais bien. J’écoutais une histoire non dite, cachée dans le récit et racontée par la musique elle-même, comme si elle nous parlait

Où est-il donc ce rêve? est une pièce viscérale, ressentie, traversant une palette incroyable d’émotions vocales, tout en offrant des moments simples et ludiques. Nous avons pu partager quelques rires et sourires avec certains choristes plus indisciplinés, tout à fait à l’aise avec l’incongruité à laquelle ils participaient.

Je me plais à imaginer un chœur Joker démultiplié: 35 choristes-bruitistes professionnels (est-ce que ça existe?) dans une salle de qualité supérieure. À mon avis, les «harmonies» qui n’étaient pas toujours justes et les quelques imprécisions rythmiques de la performance étaient factices, certains membres du chœur étant en réalité des compositeurs improvisés choristes. Ces faiblesses étaient vite oubliées durant le concert. C’est vraiment dans la texture et l’épaisseur du son que le chœur bénéficiera d’effectifs «optimisés». Cela dit, les choristes présents ont fait un travail admirable, et j’en profite pour lever mon chapeau à Lori Freedman et Jean Derome pour leur excellente performance.

De loin l’œuvre la plus travaillée que j’ai entendue depuis le début du festival Phénomena, Où est-il donc ce rêve? aura fait l’objet d’une belle performance, et j’espère voir cette initiative fleurir pour les années à venir.

Je résumerai ainsi: «Joker aime le son. J’aime le son. J’aime Joker