Jean Derome

  • Montréal (Québec), 1955
  • Compositeur • Interprète (saxophones (alto, baryton, soprano), flûtes (flûte, flûte basse, piccolo, flûte en sol, flûte à bec), claviers, petits instruments à vent (ocarinas, guimbardes, appeaux, jouets…), percussions, instruments inventés, voix)

Figure de proue de la musique de création québécoise, le compositeur, multi-instrumentiste et idéateur, Jean Derome, se produit régulièrement partout au Canada, aux États-Unis et en Europe et compte plus d’une centaine d’apparitions sur disque (depuis 1978).

En reconnaissance de l’esprit créatif dont il fait preuve autant au Québec qu’à l’international, Jean Derome est titulaire de plusieurs distinctions incluant le Freddie Stone Award (1992) pour son action dans le domaine des musiques créatives au Canada, la prestigieuse Bourse de carrière du Conseil des arts et des lettres du Québec (2012) ainsi que 3 prix Opus décernés par le Conseil québécois de la musique: Rayonnement à l’étranger en 2001; Disque de musique actuelle de l’année (pour Musiques de chambres) en 2016; Événement de l’année (Année Jean Derome 15-16) en 2017.

L’homme de vent et de musique, cofondateur de l’étiquette Ambiances Magnétiques, a célébré en 2015, ses 45 ans de carrière, avec l’Année Jean Derome (AJD) qui mettait en relief la richesse et la variété de son travail de musicien, d’improvisateur, de compositeur et d’archiviste, autour de 18 concerts présentés de mai 2015 à juin 2016, sur diverses scènes québécoises et assortis du lancement d’un film documentaire à son sujet: Derome ou les turbulences musicales de Richard Jutras.

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À Montréal

En tournée

La presse en parle

Jean Derome, l’oulipien du jazz

Serge Truffaut, Le Devoir, 16 avril 2016

Au sud de la frontière, il y a John Zorn, le saxophoniste défricheur, l’arrangeur iconoclaste, le compositeur de fond comme on dit coureur de fond. Au nord, donc ici comme là, il y a Jean Derome qui est ce qu’est John Zorn, qui est également un homme de la renaissance, un encyclopédiste, un oulipien. Oulipien? Eh oui, il a même mis George Pérec et son Chapitre sans E en musique il y a deux décennies de cela.

Il y a 12 mois moins 12 jours, donc le 28 avril 2015, Jean Derome a amorcé la bien nommée Année Jean Derome. Bien nommée? Grâce à l’obtention de la Bourse de carrière accordée par un jury regroupant des personnalités de divers horizons et formé par le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), Derome a pu monter une série de spectacles déclinant, entre autres choses, ses 45 ans de carrière.

Parmi les signes et les faits qui distinguent cette dernière, on retient celui qui les tient tous ensemble, qui est leur dénominateur commun: l’énorme travail accompli jour après jour. On insiste: notre saxophoniste et flûtiste travaille 48 heures en 24. «Tous les jours, je consacre une heure de pratique à la flûte et autant aux saxophones. Tu ne peux pas arriver sur scène et jouer à froid du baryton. L’aspect physique propre à cet instrument t’oblige à rester en forme, car il est lourd et exige beaucoup de respiration. Tu dois également faire attention à l’entretien de ces instruments.»

Il joue des saxophones et non pas d’un, il joue des flûtes et non pas d’une, et il compose abondamment. Pour lui et ses diverses formations, soit Jean Derome et les Dangereux Zhoms, l’extraordinaire trio avec Normand Guilbeault à la contrebasse et Pierre Tanguay à la batterie, et celle dont il est membre depuis des lunes, soit la Fanfare Pourpour, mais aussi pour les films d’animation et des compagnies de danse.

«Je compose tout d’abord dans ma tête. Puis avec un crayon et un papier, je fais des esquisses. Ensuite, j’ai recours au piano. Je n’utilise pratiquement jamais les saxes et les flûtes. Puis je termine à l’ordinateur.» Et les arrangements de Monk, Ellington, Roland Kirk et autres? «Je fais tout d’abord un portrait-robot. Puis, j’essaye d’oublier l’original. Avec Guilbeault et Tanguay, je donne un ou deux éléments, guère plus, car il y a une grande confiance entre nous. Tout est fait pour qu’il y ait une grande marge de manoeuvre.»

Jusqu’à présent, l’Année Jean Derome a mis en relief le Derome compositeur davantage que le Derome instrumentiste. Ainsi, au dernier Festival international de musique actuelle de Victoriaville, Derome a dirigé un orchestre de 20 musiciens qui ont joué une de ses créations originales intitulée Résistances. Le quatuor de saxophones Quasar, dont André Leroux au ténor, a fait la tournée des maisons de la culture en interprétant la pièce Rouge. La Fanfare Pourpour a sorti un 5e album et se produira les 10 et 11 juin pour décliner Coïncidences, que Jean Derome a écrit cette année. Le 12 juin, Derome et ses amis concluront cette année à La Sala Rossa. La conclusion appartient à ce cher La Palice: chaque année devrait être une Année Jean Derome pour la bonne et simple raison qu’il est ce que l’on dit peu souvent: le Maître des musiques.

… le Maître des musiques.

Jean Derome: Le parcours du combattant

Nicolas Tittley, SOCAN, Paroles & Musique, 19 janvier 2016

Si l’on se fie aux Nations Unies, 2016 serait l’année internationale des légumineuses. Nourrissant, peut-être, mais pas très excitant du point de vue artistique, vous en conviendrez. On préfère donc vous rappeler que 2016 marque également la deuxième moitié de ce qui a été désigné comme «L’année Jean Derome» par nul autre que… Jean Derome lui-même. Après avoir obtenu une bourse de carrière du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), le saxophoniste et flûtiste, compositeur et improvisateur chevronné, a décidé de célébrer son 60e anniversaire de naissance en revenant sur quatre décennies de musiques audacieuses.

L’idée était d’offrir au public une petite partie de son imposant répertoire lors d’une série de concerts échelonnés sur 12 mois, des shows conçus pour petits et grands ensembles, qui balanceraient entre improvisations et interprétations, créations et reprises. L’année Derome serait aussi marquée par un documentaire, Derome ou les Turbulences Musicales, une expo de photos et un disque, Musiques de chambres 1992-2012.

«Dans le genre de musique que je pratique, une première mondiale, c’est aussi souvent une dernière mondiale!»

«J’ai parfois l’impression d’être passé directement de la relève à la bourse de carrière», lance le musicien, qui a fait ses débuts professionnels au début des années 1970. «Je trouvais ça intéressant de faire le point et surtout de pouvoir mesurer l’évolution de ma musique au fil des ans. Mais ce qui était certain, c’est que je ne voulais pas faire de rétrospective classique: j’aime l’idée que si on ne l’indiquait pas clairement, le public ne saurait pas vraiment si telle ou telle pièce est ancienne ou récente.»

Voilà une belle façon de décrire cette fameuse «musique actuelle» à laquelle le nom de Jean Derome est associé depuis si longtemps. Elle puise à tous les genres et toutes les époques et son audace et son absence de codes précis la rendent aussi intemporelle qu’insaisissable. «C’est une musique parfaite pour moi, car elle est une espèce de zone grise permanente, poursuit Derome. C’est une musique de flexibilité, de mobilité: on peut emprunter au jazz, au folklore, au rock, à la musique contemporaine.»

Sans surprise, c’est à Victoriaville qu’a débuté l’Année Derome en mai 2015. À l’invitation du fondateur et programmateur du Festival de Musique Actuelle, Michel Levasseur, Jean Derome s’est amené dans les Bois-Francs avec Résistances, une création électrisante réunissant 20 musiciens (pour la plupart des amis et complices de l’étiquette Ambiances Magnétiques, cofondée il y a une trentaine d’années par Derome, Joane Hétu et René Lussier, naviguant entre improvisation et composition, sous la houlette du chef. Inspiré de Canot Camping, un autre projet pour grand ensemble, ce spectacle, malgré son ampleur, semblait être destiné à demeurer unique, comme c’est souvent le cas avec les événements de musique actuelle.

«Dans le genre de musique que je pratique, une première mondiale, c’est aussi souvent une dernière mondiale!» lance Derome avec un petit rire jaune. C’est un autre avantage de cette année de célébrations: faire revivre des trucs qui n’ont existé qu’une seule fois, revisiter des pièces qui n’avaient pas dit leur dernier mot!»

Multi-instrumentiste, Derome est surtout associé au saxophone, son instrument de prédilection depuis maintenant plusieurs années «J’ai passé la première moitié de ma vie de musicien en jouant surtout de la flûte et la deuxième en jouant surtout du saxophone. Si on me demande ce que je suis, je réponds généralement «musicien» ou saxophoniste.»

Même s’il semble faire corps avec son instrument, Jean Derome lui est souvent infidèle: en concert, il n’est pas rare de le voir empoigner l’un des nombreux appeaux de chasse qu’il collectionne depuis des années, un instrument jouet ou simplement un objet quelconque dont il apprécie la sonorité. On l’a même déjà vu faire un solo de sac de chips dans un show de danse… «Quand j’ai découvert les appeaux et sifflets, j’ai pu étendre mon langage musical. Je sais que pour le public, il y a quelque chose de presque comique à me voir jouer de ces objets bizarres, mais pour moi, ils sont simplement un moyen de faire sortir les sons que j’ai en tête.»

S’il gagne sa vie en multipliant les compositions de commande pour le cinéma, le théâtre, la danse et la télé (il n’hésite pas à se qualifier de working musician), Jean Derome demeure un explorateur dans l’âme, prêt à se lancer à corps perdu dans l’inconnu. Il continue de pratiquer un art exigeant et résolument anti-commercial, destiné à un public avide de surprises. Par le passé, Jean Derome a déjà décrit sa pratique comme un véritable sacerdoce. Sa carrière ne serait-elle qu’un long parcours du combattant?

«C’est peut-être un combat, mais je ne me suis jamais battu contre des gens. Contre moi-même, peut-être, contre la tentation de devenir aigri ou blasé. Des fois je me dis que je pourrais prendre ma retraite, mais ça ne dure jamais longtemps parce que plein de nouveaux projets débarquent et je suis incapable de dire non. Un pommier, ça fait des pommes. Un musicien, ça fait de la musique. C’est pas plus compliqué que ça!»

C’est une musique parfaite pour moi [en parlant de musique actuelle], car elle est une espèce de zone grise permanente, poursuit Derome . C’est une musique de flexibilité, de mobilité: on peut emprunter au jazz, au folklore, au rock, à la musique contemporaine.

Jean Derome à l’année

Alain Brunet, La Presse, 13 mai 2015

Classique, baroque, rock, prog, jazz-rock, jazz, free jazz, trad, tonal, atonal, sériel, dodécaphonique, cacophonique, bruitiste, essentiellement actuel. L’infatigable et multipolaire Jean Derome est de toutes ces moutures, et c’est pourquoi son univers foisonnant rejaillira pendant une année entière. Et ce, à compter de jeudi.

Compositeur, interprète, improvisateur, leader d’ensemble, multi-saxophoniste, multi-flûtiste, tripoteur d’innombrables bidules sonores au service de son imagination foisonnante, le bientôt sexagénaire cumule 45 années de carrière. Son œuvre comprend des centaines de compositions et jeux d’improvisation, dont plusieurs ont été enregistrés sous Dame/Ambiances Magnétiques. Sa réputation déborde des cadres québécois ou canadien, ses collaborations avec nombre de musiciens étrangers (Fred Frith, Lars Hollmer, Louis Sclavis, etc.) le positionnent parmi les incontournables de ladite musique actuelle.

L’Année Jean Derome

Ainsi donc, l’Année Jean Derome s’amorce ce jeudi avec la création mondiale de Résistances, œuvre inédite conçue autour du thème de l’électricité, et qui réunira un ensemble de 20 musiciens en ouverture du 31e Festival international de musique actuelle de Victoriaville (FIMAV). L’Année Jean Derome a reçu l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) soit une bourse de carrière de 60 000$ pour la réalisation de cet ambitieux programme dont voici les principaux événements:

Trio Derome Guilbeault Tanguay au Festival international de jazz de Montréal, le 29 juin prochain à l’Astral. Jean Derome et les Dangereux Zhoms augmentés de neuf musiciens à l’Off Jazz, le 7 octobre au Lion d’Or. Transposition en musique de la pièce Phèdre de Racine pour l’Ensemble Supermusique, le 20 novembre au Gesù. Duo de Jean Derome avec la clarinettiste Lori Freedman, le 27 novembre à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Jean Derome de concert avec le percussionniste Michel F. Côté, la saxophoniste Joane Hétu et l’ensemble GGRIL de Rimouski, le 28 avril 2016. Jean Derome avec la Fanfare Pourpour et l’Enfant Fort aux Escales Improbables de Montréal, les 10 et 11 juin 2016. Jean Derome aux Suoni Per Il Popolo de juin 2016, on en passe une dizaine d’autres!

Film documentaire réalisé par Richard Jutras, Derome ou les turbulences musicales sera projeté en avant-première le 25 juin à la Cinémathèque québécoise. On vient de lancer l’album Musiques de chambres 1992-2012, soit six œuvres composées durant la période qu’indique le titre de l’enregistrement. L’exposition de photographies Jean Derome vu par… est présentée à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal jusqu’au 14 juin 2015. Lancement d’un site internet officiel consacré à l’univers de Jean Derome.

Au café de l’avenue du Mont-Royal où il accorde cette interview, Jean Derome est égal à lui-même: parle lentement et sûrement, garde son calme et son sourire. Il est ainsi depuis les années 70, seuls quelques sédiments de chair ont à peine transformé cet artiste inoxydable, imperturbable devant la difficulté de créer hors des cadres convenus.

«Les jeunes musiciens ont une meilleure formation que jamais, le niveau général ne cesse de monter. Pourtant, je connais des musiciens de très fort calibre qui ne trouvent pas de travail. Être musicien aujourd’hui est un apostolat. Tu restes pauvre, mais t’as du fun! C’est un beau métier. L’art véritable, c’est comme du chiendent: ça pousse à travers l’asphalte.»

Force est de déduire que sa capacité d’émerveillement n’a pas été altérée par la difficulté économique.

«Je suis presque content de n’avoir jamais eu de grand succès commercial. En fait, quand tu as du succès, tu es plus ou moins forcé à jouer tes tubes. Je ne suis pas pris dans cet étau. Ça reste toujours ouvert, je suis libre d’avancer là où je le veux.»

Plus que la famille du jazz ou celle de la musique contemporaine, Jean Derome est associé au label Ambiances Magnétiques dont il est un cofondateur. On parle néanmoins d’une niche et… notre homme n’a que faire de ces considérations.

«Je ne veux pas trop savoir dans quel marché spécialisé je me trouve. Mes collaborateurs et amis me soutiennent et je les soutiens. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la musique vivante, pétillante. Celle qu’on crée à l’instant. C’est ce que je fais depuis 1971.»

Il avait 15 ans lorsqu’il donné son premier concert devant public. Il jouait alors dans un groupe de jazz-rock alors dirigé par le pianiste Pierre Saint-Jak. Ce groupe devint Nébu en 1973, Derome y a participé pendant un moment avant de s’inscrire au Conservatoire en flûte traversière. En 1977, il renouait avec Nébu, alors devenu trio avec Saint-Jak et le contrebassiste Claude Simard. En route vers les années 80, il fut un membre actif de l’Ensemble de musique improvisée de Montréal (EMIM), dirigea la Grande Urkestre de Montréal (GUM), et on se souvient particulièrement des Granules, duo de choc qu’il forma avec le guitariste et compositeur René Lussier.

«J’ai toujours alimenté cet intérêt pour l’improvisation. Dans plusieurs styles, autour de la branche du jazz. De manière générale, je n’ai pas joué la musique de compositeurs réputés. Encore aujourd’hui, je ne joue que ma musique et celle de mes amis… sauf Monk et Mingus. Dans les années 80, j’ai fait partie de cette vague de musiciens qui ont incarné ce regain d’intérêt pour Monk. J’avais alors participé au groupe Mysterioso avant de former Evidence avec le contrebassiste Pierre Cartier et le percussionniste Pierre Tanguay. Plus tard, c’est-à-dire il y a 20 ans (!), j’ai été très heureux d’accepter l’invitation de Normand Guilbeault dans son ensemble consacré à la musique de Charles Mingus. Oui, je viens du jazz mais au fond, je plus tourné vers l’improvisation libre et cette communauté d’affinités qu’on appelle (au Québec) la musique actuelle.»

Grands jeux d’improvisation, (Canot-Camping), vastes projets de musique actuelle (Confitures de gagaku, Je me souviens - Hommage à Georges Perec, etc.), musiques de chambre, musique de théâtre, musiques de films… À l’évidence, Jean Derome est un pilier de cette «musique actuelle» qui a connu connu son âge d’or dans les années 80 et 90. En 2015? Notre interviewé refuse de la voir flétrir.

«Elle a été vieillissante pendant un moment, convient-il, mais ce n’est plus aussi vrai. De plus jeunes musiciens la pratiquent, certains arrivent à maturité, je pense à Pierre-Yves Martel, Isaiah Ceccarelli et plusieurs autres. Mais… oui, il y a quand même un problème avec les musiques de concert en général, ces musiques qui ne sont pas du divertissement ou de la variété. On peut se poser la question: y a-t-il un appétit des mélomanes pour vivre ensemble la musique? Ou bien veut-on la vivre en mode virtuel?»

Poser la question, c’est y répondre. «Ce qui m’intéresse personnellement, c’est le concert. Ce moment de partage dans l’instant, ça demeure pour moi LA musique. C’est comme le sexe: je me fous de la porno, je veux vivre une vraie relation, en temps réel. Cette relation physique est pour moi irremplaçable.»

… son univers foisonnant rejaillira pendant une année entière.

L’Année Jean Derome commence au FIMAV

Manon Toupin, La Nouvelle Union, 7 mai 2015

C’est le 29 juin que Jean Derome célèbrera son 60e anniversaire. Mais l’année de festivités et de grands projets qui y est reliée commencera au FIMAV avec la présentation du projet Résistances.

En entrevue téléphonique, le musicien et compositeur a expliqué que ce projet regroupera 20 musiciens sur scène, dirigés par lui-même. Une partie de la musique est composée, mais une autre est improvisée, modelée sur place par Derome qui a élaboré toute une série de signes que les musiciens devront suivre.

«Ça poursuit le travail de Canot-camping, présenté à Victoriaville en 2000», raconte-t-il. Parce que depuis ce temps, il a continué d’élaborer des signes qui lui permettent de façonner, «live», la musique.

Résistances, comme son nom l’indique, s’inspire de la thématique de l’électricité, selon plusieurs points de vue. D’ailleurs, Jean Derome a fait plusieurs recherches sur le sujet depuis trois ans. Qu’il s’agisse des aimants, des aurores boréales ou même du système nerveux, l’électricité est au centre de sa musique qui se veut une grande mosaïque contenant des petites pièces.

«Pour moi, il était important de venir au FIMAV pour mes 60 ans. J’avais offert à Michel Levasseur (directeur général et artistique) de venir au début de l’année ou à la fin. Il a choisi le début», explique-t-il. Ainsi, cette année soulignant les 60 ans du musicien et compositeur sera bien occupée avec 19 concerts, 5 créations, 38 œuvres, 86 participations, un nouvel album, 2 projections de films et une exposition photo.

Jean Derome estime que Victoriaville est un pilier de la musique actuelle. «C’est le FIMAV qui a contribué à identifier ce style.» Il va même jusqu’à dire que c’est le festival qui est fondateur de cette musique, d’où l’importance d’y présenter un grand concert en cette année de célébrations

Il est très excité, content et anxieux de ce concert qui se tient lors de la soirée d’ouverture du FIMAV (22 h le 14 mai au Colisée). Et à une semaine de la soirée, cinq répétitions avaient eu lieu sur huit. Des répétitions décisives, selon lui.

Bien entendu, il invite les gens de Victoriaville à venir apprécier son concert et les autres présentés au FIMAV. «Ça m’a toujours frappé de voir que le festival a de la difficulté à rejoindre les gens de Victo. Mais on voit que ça change, entre autres, avec les installations sonores», note-t-il.

Derome considère que les Victoriavillois ont une chance inouïe de pouvoir entendre des créations pour la première fois. «D’entendre quelque chose de différent de ce qu’ils peuvent entendre à la télévision. D’ouvrir des horizons et se familiariser avec ce monde musical. Les gens de Victo ont un trésor entre les mains et ne s’en rendent pas compte», souligne-t-il. Le musicien va même jusqu’à dire que le FIMAV, c’est les chutes Niagara de Victoriaville…

Les gens de Victo ont un trésor entre les mains et ne s’en rendent pas compte», souligne-t-il. Le musicien va même jusqu’à dire que le FIMAV, c’est les chutes Niagara de Victoriaville…

Jean Derome au FIMAV. Résistances

Réjean Beaucage, Voir, 6 mai 2015

Le compositeur et multi-instrumentiste Jean Derome lance «L’année Jean Derome» avec un projet d’envergure en soirée d’ouverture du FIMAV.

«Mon premier concert, c’était en 1971, avec Pierre St-Jak (le duo Octogaf, qui deviendra Nébu); un vrai concert, avec un prix d’entrée, du public, etc. C’est là que je situe le début de ma carrière professionnelle.» Jean Derome pourra donc célébrer 45 ans de carrière en 2016, mais cette année, le 29 juin, c’est son 60e anniversaire de naissance qu’il fêtera. Et pourquoi pas le fêter toute l’année! «Je vais profiter de cette année pour reprendre des pièces de mon catalogue et en faire de nouvelles versions. J’essaie de ne travailler qu’avec des interprètes qui sont difficiles à remplacer, parce que ce sont ceux qui m’intéressent, alors c’est évidemment un défi!»

Le saxophoniste et compositeur explore le jazz d’avant-garde, l’improvisation et les musiques risquées depuis plus de 40 ans. Les différentes reprises présentées tout au long de l’année nous permettront de découvrir des œuvres qui nous avaient échappé, comme Sudoku pour pygmées que l’ensemble Upstream a créée à Halifax et que l’on pourra entendre durant le Off Festival de jazz, interprétée par Jean Derome et les Dangereux Zhoms (le saxophoniste participera aussi au Festival international de jazz de Montréal, un doublé assez rare!). On trouve aussi certaines de ces pièces sur le plus récent disque du compositeur, Musiques de chambres, 1992-2012, qui s’ajoute à la centaine d’enregistrements auxquels il a collaboré et qui paraît évidemment sous étiquette Ambiances Magnétiques, une maison dont Jean Derome fut l’un des cofondateurs en 1984.

Cette année de célébration débutera le 14 mai avec la création de la pièce Résistances par une vingtaine de musiciens au Festival international de musique actuelle de Victoriaville. «Ça part de mon projet Canot-camping [présenté en 2000 au FIMAV], alors on peut dire que nous étions déjà dans le courant, et il nous a menés à un barrage hydro-électrique!» Jean Derome est certainement l’un des plus dignes représentants de ce courant alternatif québécois que l’on nomme «musique actuelle». Comme il est aussi pataphysicien à ses heures, et donc amoureux des mots, il a bâti sa plus récente œuvre autour d’un thème relié à une autre ressource naturelle bien de chez nous: l’électricité. «Toute l’Amérique du Nord module son électricité à la même fréquence, 60 hertz. C’est sur cette fréquence que l’orchestre sera accordé pour jouer Résistances, qui durera 60 minutes. C’est un thème tellement vaste que je ne vais pas l’épuiser avec cette seule pièce, alors ce sera à suivre!»

Les nombreuses activités qui jalonneront cette «Année Jean Derome» sont rendues possibles grâce à une bourse de carrière que le CALQ a octroyée à Derome en 2013 (c’était évidemment un hasard, mais il a alors reçu… 60 000$!). Il y a aussi une exposition de photos (à la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal jusqu’au 31 mai), un documentaire de Richard Jutras (le 26 juin à la Cinémathèque québécoise) et une vingtaine de concerts dont on trouvera le détail sur le tout nouveau site web du compositeur (jeanderome.com). Un secret trop bien gardé qui se dévoile enfin à tous!

Un secret trop bien gardé qui se dévoile enfin à tous!

Jean Derome, homme de la Renaissance

Serge Truffaut, Le Devoir, 25 avril 2015

Le saxophoniste, flûtiste, compositeur et oulipien Jean Derome est un homme de la Renaissance. Rien de moins. Il est ainsi car il civilise le monde depuis des lunes aussi antiques qu’indiennes. Bref, depuis le temps long de l’histoire. C’est d’ailleurs pour cette raison, et beaucoup d’autres, qu’une année Derome débutera en mai prochain et se conclura en juin 2016. Au ras des pâquerettes comme du bitume, sachez, ami lecteur, que le détail de ce marathon gréco-musical sera décliné le 28 avril dans l’enceinte de la Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal. C’est dit.

En attendant l’amorce, à 17 h pour être aussi exact qu’une montre suisse défiscalisée, de ce rendez-vous très singulier, on va, pour notre part comme de notre côté, déposer une requête auprès du Conseil de sécurité des Nations unies. Quand? À l’ouverture des marchés le lundi 27 avril. L’objectif? Que l’année Derome soit métamorphosée, toutes affaires cessantes, en décennie Derome. On a fumé de la moquette à l’acrylique? Pas du tout! Si cela avait été commis, on aurait fait une faute de goût augmentée d’une injure à l’égard, et non à l’endroit, dutapis persan, qui en verlan se mue en «pi-ta sans père». Comme quoi les ayatollahs sont des freudiens qui s’ignorent.

Si satisfaction n’est pas accordée par le CS de l’ONU, alors on déclenchera illico la troisième guerre mondiale. On exagère? Pas du tout! On l’a déjà écrit, on va le répéter pour mieux le souligner: Jean Derome est un homme de la Renaissance. À l’instar des ancêtres italiens, il est d’une immense culture. Aussi musicale que livresque. On se souvient, par exemple, qu’il y a une vingtaine d’années il avait consacré tout un album à la purée de Vie, mode d’emploi de Georges Perec. On se souvient qu’il a accompagné des danseurs, des cinéastes, des poètes. Bref, tout ce qui fait la beauté de la vie sans recours à un mode d’emploi.

On a toujours été épaté, subjugué, séduit par l’aisance comme par l’à-propos avec lesquels il fait résonner les chants d’oiseaux tant chéris par Eric Dolphy, avec lesquels il met en relief les rythmes chaloupés si chers à Duke Ellington et à Billy Strayhorn. On a toujours été ce qu’on a confié avoir été par le génie — oui! le génie — avec lequel il décline les oraisons «bluesées» de ce cher Roland Kirk comme par sa manière de commenter les déambulations de Thelonious Monk dans le territoire du chaos sans jamais avoir sombré.

Jean Derome est un homme de la Renaissance comme un grand homme. Si d’aventure on conjugue ce constat, qui n’est donc pas une opinion, avec une limitation géographique ou nationale, alors on déclenchera la quatrième guerre mondiale. Car étant ce qu’on dit qu’il est, Derome est de facto universel. C’est clair? Eau quai! Ave et surtout pas amen. […]

… Derome est de facto universel.