Ignaz Schick

  • Trostberg, Allemagne, 1972
  • Compositeur • Interprète (tourne-disques)

Ignaz Schick a étudié le saxophone dans sa jeunesse et joué avec des groupes de free jazz et de rock d’avant-garde. Parallèlement, les magnétophones multipistes, les tourne-disques et les boîtes d’effets l’obsédaient. Il a donc commencé à expérimenter avec divers instruments et dispositifs sonores. Il a brièvement étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Munich après le collège, puis il a été l’assistant du compositeur contemporain Josef Anton Riedl pendant plusieurs années

Depuis 1995, il vit et travaille à Berlin, où il a joint ses forces à la «Nouvelle vague berlinoise» et au courant de «musique en temps réel». Depuis le milieu des années 90, il se concentre presque exclusivement sur l’électronique en direct. Après avoir éprouvé plusieurs instrumentations (échantillonneurs physiques et logiciels, traitement de signal, micros contacts, sons trouvés, etc.), il a élaboré sa propre installation électroacoustique qu’il appelle «surfaces rotatives». Divers objets et matériaux (bois, métal, plastique, papier, archets, cymbales) sont joués directement sur le plateau rotatif du tourne-disque, en utilisant simplement un petit microphone à condensateur pour amplifier les vibrations. Ce système lui permet de toucher à divers styles de musique expérimentale contemporaine, du réductionnisme extrême à la musique ambiante, industrielle ou concrète, sans oublier l’électronica et le bruitisme. Outre son contexte préféré - la confrontation directe en duo avec Chris Abrahams, Phil DurrantMartin Tétreault ou Sabine Vogel - il a cofondé différents ensembles, dont Perlonex, Snake Figures Arkestra, Phosphor, Blind Snakes et Decollage

Il a travaillé avec de nombreux artistes de stature internationale (dont Don Cherry et Charlemagne Palestine) et tourné dans les clubs et festivals de l’Europe de l’Est et de l’Ouest, des États-Unis, de la Russie et des Balkans. Il a publié maints disques sous étiquette Zarek, Edition Zangi, edition x, Irrah, Potlatch, Bad Alchemy, Charhizma, Staalplaat, Nexsound, Non Visual Objects, Improvised Music From Japan et Absinth. Il a participé à des émissions radiophoniques et des productions de l’ORF-Kunstradio, ORF-Zeitton, BR2, DLR, DLF, WDR3 et DRS2.

Enfin, depuis le début des années 90, il a été commissaire de plusieurs festivals de musique expérimentale (FAM, Erase & Reset, Time Shifts).

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Dossier de presse

Du bruit à la musique

Par Laure Henri-Garand in Le Délit français (Québec), 16 mars 2010
… l’expérience est enrichissante: elle impose une écoute nouvelle, et place l’auditeur hors du confort du système tonal et harmonique traditionnel.

Le 10 mars dernier, le Goethe-Institut accueillait les Productions SuperMusiques, en collaboration avec la Saison Le Vivier et la maison de Disques DAME, pour un double lancement d’album de musique actuelle.

D’emblée, le concert s’annonçait intime: les quelques soixantedix sièges de la salle McLaren du Goethe-Institut, coin Sherbrooke et Saint-Denis, étaient occupés aux trois quarts quelques minutes seulement avant le début du concert. Un public d’initiés, à en juger par les conversations autour de moi -voilà ce qui arrive lorsqu’on se rend seule à un concert de musique actuelle- qui donnaient l’impression que tous se connaissaient. Intime aussi, la courte présentation de Danielle Palardy Roger, directrice musicale et artistique des Productions SuperMusiques, qui semblait s’adresser à des amis plutôt qu’à un public d’étrangers. Exit les grands discours, c’est la musique qui est à l’honneur ici, une musique qui défie toutes conventions et qui s’inscrit bien au-delà de l’expérience d’écoute traditionnelle. Car voilà le mandat de cet organisme à but non lucratif, fondé en 1979 par trois musiciennes (D. Palardy Roger, J. Hétu, D. Labrosse) aux parcours éclectiques: «promouvoir des musiques créées sans souci du commerce, des modes en vigueur ou des conventions académiques».

Divisé en deux parties, le concert faisait figure de lancement pour les deux ensembles invités, Nous perçons les oreilles, une formation composée de Jean Derome et Joane Hétu (aussi codirectrice des Productions SuperMusiques), ainsi que le duo formé par Ignaz Schick et Martin Tétreault.

Sans cérémonie, Derome et Hétu se sont installés sur la petite scène qui sert normalement de salle de cinéma pour interpréter l’intégrale de leur troisième album, Shaman, une pièce en douze sections d’une trentaine de minutes. Les deux musiciens, qui ont chacun un parcours musical impressionnant, utilisent en plus de leurs instruments respectifs (saxophones, flûte et voix) tout un éventail d’objets-instruments, permettant ainsi une combinaison de textures sonores que viennent mettre en valeur une écoute et une virtuosité évidente. Résultat: une ambiance étrange, faite de couinements et de clapotis presque surréalistes, dans laquelle les concepts musicaux traditionnels -harmonies, gammes, formes, etc.- sont complètements transformés, voire évacués.

Pour la deuxième partie, Ignaz Schick et Martin Tétreault avaient installé leurs tables tournantes (sans disques), ordinateurs portables et autres objets disparates sur deux longues tables au fond de la scène. Plus sobre, le duo a interprété quelques extraits de son dernier album, Live • 33 • 45 • 78, dans lequel il combine des matériaux bruts (bois, métal, plastique, papier…) à l’utilisation novatrice de la table tournante. Schick, qui vit à Berlin, et Tétreault, un montréalais, sont deux habitués de la scène électronique et ont chacun à leur actif un nombre impressionnant de contributions à divers groupes et festivals. Leur musique, pratiquement indescriptible, oscille entre le bruitisme et la musique d’ambiance, tantôt chaotique, tantôt syncopée, mais cherchant toujours visiblement à s’éloigner de tout terrain connu.

Malgré une expérience tout à fait intéressante, ce serait mentir que d’affirmer que ce type de musique est accessible à tous. En l’absence des repères traditionnellement associés à la musique (mélodie, rythme) l’auditeur non-initié se retrouve perdu. Et pourtant, l’expérience est enrichissante: elle impose une écoute nouvelle, et place l’auditeur hors du confort du système tonal et harmonique traditionnel. C’est, on en convient, le propre de la musique expérimentale.