Bruiducœur, prières des infidèles

  • Mercredi 2 juin 2004
    20h30
  • Jeudi 3 juin 2004
    20h30
Espace Go
4890, boulevard Saint-Laurent (près de l’angle Saint-Joseph)
Bruiducœur, prières des infidèles
Un oratorio de Danielle Palardy Roger

Productions SuperMusique présente en grande première

Bruiducœur, prières des infidèles
Un oratorio de Danielle Palardy Roger

Bruiducœur l’invincible
Seul si seul, entouré de ses seuls
Bruiducœur va mourir
(ELLE)

Relatant les derniers moments de l’agonie d’un homme, Bruiducœur, prières des infidèles, de Danielle Palardy Roger est une cérémonie profane élaborée autour de trois personnages: LUI, qui se meurt; ELLE, observatrice ironique; Le CHŒUR et les SOLISTES, empathiques et omniprésents.

Écrite pour un chœur mixte de treize voix (dirigé de l’intérieur), deux récitants, deux solistes et deux percussions, cette élégie satirique en treize tableaux, construite sous la forme oratorio, juxtapose poésie chantée, clamée et psalmodiée, musique écrite et improvisation. Placées au centre de l’œuvre, l’articulation phonétique et la vocalité sont les grandes porteuses du sens et de l’expression de l’émotion.

Fini nini ninini ninini
Mon souffle ce roufle qui me fait vibraphone
(LUI)

Danielle Palardy Roger s’est entourée d’une équipe de créateurs chevronnés pour interpréter son œuvre de 70 minutes. Le chœur VivaVoce, reconnu pour la qualité de ses interprétations de la musique de la Renaissance à aujourd’hui, attaque et mord ici dans la musique avec virtuosité. Les comédiens Danièle Panneton et Jacques Piperni, férus en la matière, incarnent le texte avec éloquence. DB Boyko et Christine Duncan entraînent le chœur dans des improvisations et colorent l’œuvre avec leurs explorations bruitistes et les impertinents percussionnistes Patrick Graham et Jean Martin sont les gardiens du temps. La mise en place de Bruiducœur offre une vitalité théâtrale bien sentie à cette musique de concert. La lumière architecturale de Lucie Bazzo et la conception sonore raffinée de Bernard Grenon, deux redoutables artistes dans leur domaine, viennent alimenter avec brio la production.

Bruiducœur, prières des infidèles a d’abord fait l’objet d’une résidence de création au Western Front de Vancouver à l’été 2002. Cette œuvre s’inscrit dans une démarche qui comprend trois réalisations antérieures: le conte musical, L’Oreille enflée* (1990), le théâtre musical Candide sur une toupie (1994) et surtout le solo Le voyage en Aphasie Mineure (1998) où l’éclatement du langage représente un lieu d’intense communication, au cœur des préoccupations de Danielle Palardy Roger. Créatrice polyvalente, le parcours de la compositrice l’a constamment ramenée vers le texte, la chanson et la déclamation. Bruiducœur témoigne de l’importance de cet aspect dans l’ensemble de son œuvre.

(* Réalisation que l’on retrouve sur disque sous étiquette Ambiances Magnétiques.)

Dossier de presse

Critique

Par Gabriel Bélanger in SOCAN, Paroles & Musique (Canada), 1 mars 2006
Une œuvre très achevée de la «battante» de la musique actuelle.

La sensibilité ironique de Danielle Palardy Roger s’exprime haut et fort dans cette œuvre divisée en treize tableaux relatant l’agonie d’un homme, notamment dans les tableaux Moimoimoi / Mon amour ou Moissi moisi je vais mourir. La compositrice a écrit son oratorio pour chœur mixte, deux récitants, deux solistes et deux percussions et propose ici une version d’environ une heure, après la création publique datant de 2004. Une œuvre très achevée de la «battante» de la musique actuelle.

Critique

Par François Nadon in Ici Montréal (Québec), 26 janvier 2006

Mort déroutante en 13 battements

Par François Tousignant in La Presse (Québec), 5 juin 2004

«Bruiducoeur va mourir». Du moins, c’est la litanie qui revient périodiquement au fil des 13 tableaux de Bruiducoeur, une œuvre sous forme d’oratorio bruitiste de Danielle Palardy Roger, créée mercredi en première à l’Espace GO. Après l’audition, disons plutôt que Bruiducoeur survivra certainement à son auteur. L’œuvre gagnerait toutefois à être resserrée, question de réduire un peu ses quelque 72 minutes de durée, et les longueurs, surtout dans le texte poétique parfois verbeux. Cela dit, les deux comédiens qui le récitaient, Jacques Piperni et Danièle Panneton ont judicieusement déclamé et vécu les rôles respectifs du mourant et de la femme angoissée et ironique devant l’adversité.

Bruiducoeur portait aussi le sous-titre «prière des infidèles», et se voulait le récit, version musique actuelle, «des derniers moments de l’agonie d’un homme», écho à la propre expérience de l’auteure lors de la mort de son père, peut-on lire dans le programme. Le texte morcelé, rappelant parfois les automatistes (Breton, Beckett), pourrait être celui d’un homme délirant et aphasique, en perte de ses moyens d’élocution. L’éclatement du langage est d’ailleurs au coeur du travail de Danielle Palardy Roger qui a mis deux ans à accoucher du projet.

Pour ce rituel sacré, qui n’avait rien d’un voyage sonore ordinaire (déclamation de phonèmes, de voyelles, hauteurs de son), Danielle Palardy Roger déployait un choeur mixte de 13 voix précises et légèrement amplifiées (Viva Voce), et deux solistes bruitistes et improvisatrices virtuoses, Christine Duncan et DB Boyko. Et, pour seule partie musicale, les deux percussionnistes de chaque côté de la scène dénudée, Patrick Graham et Jean Martin, n’ont pas du tout envahi l’espace sonore, ponctuant plutôt le discours, surtout durant les interventions des roucoulantes et gémissantes solistes. Les silences furent ici bien plus évocateurs.

Avec pour seul décor, une croix blanche géante en fond de scène (qu’on devine enfouie aux trois quarts), des éclairages d’un bleu dominant, et deux projections de vitraux au sol durant le percutant Requiem final, on assistait bien plus aux nombreux tableaux plaqués qu’à une symbiose des éléments. Comme si l’importance accordée aux parties isolées, parfois arides et désincarnées, ne devait pas souffrir des tutti trop chaleureux, ou traditionnellement élévateurs, comme le furent toutes les œuvres sacrées des siècles passés. Quelques contrepoints, habiles, dont ce tableau, Moi—Mon amour, où une soliste dirige les voix d’hommes en deux sections, scandant de troublantes onomatopées (le mourant en crise ?) pendant que les voix féminines, dans une envolée angélique, chantaient «mon amour» comme une apaisante mélodie… D’une grande efficacité dramatique.

Ailleurs, on sentait nettement la progression de l’action (la chute de l’homme) et l’angoisse de la femme, haletante, râlante même, à bout de souffle vers la fin, comme s’extirpant d’une apnée. Le choeur, véritable coeur sensible des états d’âme des protagonistes, mérite tous les éloges, car les chanteurs, sous la direction de Peter Schabert, sont plutôt rompus aux harmonies anciennes; ils ont brillé dans des formes inusitées, bruitistes et dissonantes. D’ailleurs, tous utilisaient un diapason à la moindre intervention. L’œuvre a laissé une impression durable, et les quelque 130 personnes qui y assistaient ont applaudi la compositrice qui est venue saluer devant l’ovation.

Trop timide pour être discret

Par François Tousignant in Le Devoir (Québec), 4 juin 2004

Les explorations de Danielle Palardy Roger se développent, comme le prouve la simple durée de sa dermère œuvre en date, ce Bruiducœur - , attendu. Pendant prèsde de 75 minutes, un fond de légers souffles de percussions sert d'abri à un texte parlé (ou récité tant cela tient souvent de la psalmodie). Il y a aussi deux solistes qui imitent des bruits allant du cri au craquement, puis l'Ensemble VivaVoce qui assure le gros du contenu musical.

On assiste à une sorte d'exorcisme atmosphérique assez autobiographique, voulu comme tel, sorte d'exutoire à une émotion qu'on voudrait partager sans lui apporter quelque ambition de transcendance. Alors, tout se passe discrètement, tellement même qu'on ne se sent jamais interpellé dans sa propre expérience pour partager un tant soit peu. Il y a des instants plastiquement beaux, mais qui sont tous de ce que les années cinquante et soixante avaient pu produire dans le genre —avec plus d'imagination.

En plus, le contenu vocal s'avére… mince: les vertus de l'homophonie deviennent vite lassantes. L'imagination de l'auteure semble ignorer (volontairement?) le moindre artifice de contrepoint, comme un débutant croit composer un impromptu en plaquant quelques accords au clavier.

Dans ces conditions, les reprises à peine variées deviennent des longueurs. La poésie sonore reste séduisante dans sa naïveté parfois bellement inspirée et son enrobage arrive à communiquer l'intuition quand une brève plage de grâce s'installe. Cela est néanmoins trop court dans cette mer diluée qui fait flirter oratorio et théâtre musical.

Il manque une prise de position, une affirmation, quelque chose qui pourrait fait croire que la démarche sincère est assumée plutôt que le contentement d'une partition qui s'excuse de ses faiblesses sans trop savoir s'appuyer sur ses forces. Cet exercice plus timide que discret demande à être resserré pour mieux s'épanouir et convaincre, pour franchir la frontière qui sépare l'art thérapeutique et l'art d'expression, dans cette marge délicate où Palardy Roger nous a déjà fait entendre de vrais aboutissements.

La mort lui va si bien

in L’actualité (Québec), 1 juin 2004

«Fini nini ninini ninini / Mon souffle ce roufle qui me fait vibraphone.» Ne partez pas, c’est un extrait de Bruiducceur, prières des infidèles, oratorio «actualiste» traitant de notre finitude de mortels. En gros, il y est question de l’agonie d’un homme vue par ses proches. Livret, musique et direction artistique de Danielle Palardy Roger. Avec deux récitants, deux solistes, deux percussions et un chœur mixte de 13 voix (Viva Voce).

Tout nouveau, tout beau

Par Christophe Rodriguez in Le Journal de Montréal (Québec), 29 mai 2004

Associée depuis vingt ans à la musique contemporaine et actuelle, la percussionniste, compositrice et improvisatrice Danielle Palardy Roger se lance dans une grande aventure. Pour deux soirs, les 2 et 3 juin elle nous présentera son oratorio: Bruiducoeur, Prières des infidèles. Avec les comédiens Danièle Panneton/Jacques Piperni, le chœur Vivavoce, les percussionnistes Patrick Graham/Jean Martin et les musiciennes DB Boyko/Christine Duncan, nous assisterons à l'agonie d'un homme à travers le regard de diverses personnes qui réflèchissent sur ce moment ultime. Si le sujet n'est pas particulièrement gai, il convient de souligner l'effort et l'inventivité de cette production, qui clôt la fin d'un triptyque commencé il y a plus de dix ans.

L’ironie de la mort

Par Mara Fisher in Le Point d’Outremont #6,21 (Québec), 27 mai 2004

Les 2 et 3 juin prochains, l’Espace Go accueillera Bruiducoeur — Un oratorio de Danielle Palardy Roger. «Ça faisait déjà une dizaine d’années que je voulais faire un oratorio, je savais que ça serait sur la mort», raconte Danielle Palardy Roger.

Également directrice générale et artistique de Productions SuperMusique, cette percussionniste a choisi, pour composer cette cérémonie profane, de s’éloigner afin de préparer son oratorio. Elle a fait une résidence au Western Front de Vancouver. Cependant, pendant son séjour, elle a dû revenir une semaine pour le décès de son père. «L’expérience personnelle donne du matériel de création incroyable», constate l’artiste.

C’est ainsi que l’oratorio présente les derniers moments de l’agonie d’un homme entouré d’une observatrice ironique et d’un chœur et des solistes empathiques et omniprésents. En allant voir cette œuvre de musique actuelle contemporaine, «les gens peuvent s’attendre à un spectacle à la fois très classique avec beaucoup de musique d’influence grégorienne et plus traditionnelle. En même temps c’est un spectacle d’avant-garde», explique Palardy Roger. L’aphasie dont souffrait son père a aussi influencé le texte où l’on retrouve un éclatement du langage.

Pour présenter Bruiducoeur, Danielle Palardy Roger a invité DB Boyko et Christine Duncan avec qui elle avait travaillé pendant sa résidence. Elles auront notamment comme mission d’entraîner le chœur de Viva Voce dans des improvisations. Bien que la musique soit écrite, certaines plages ont également été réservées à l’improvisation qui sera livrée par Patrick Graham et Jean Martin. Les textes seront livrés par Danièle Panneton et Jacques Piperni.

On vous promet beaucoup d’ironie. «Les gens vont sortir, ils vont avoir ri, les gens vont êtres plutôt optimistes et relaxes, ce n’est pas une œuvre qui est noire, elle est très brillante, très heureuse», promet Danielle Palardy Roger.

Un oratorio actuel de Danielle Palardy Roger

Par Réjean Beaucage in La Scena Musicale #8:8 (Québec), 1 mai 2004

Danielle Palardy Roger est sourtout connue des observateurs de la scène de la musique actuelle, un milieu qu’elle fréquente en pionnière depuis les années 80. On a pu voir la percussionniste collaborer depuis cette époque avec des formations comme Wonder Brass, Les Poules et Justine, entre autres. Elle a aussi, comme c’est l’usage en musique actuelle, multiplié les collaborations avec différents musiciens d’ici et d’ailleurs, en concert et sur disque. Depuis une dizaine d’années, la composition occupe une place importante dans ses activités et on a pu entendre l’Ensemble contemporain de Montréal ou l’Ensemble SuperMusique interpréter ses œuvres, comme l’ont fait aussi les trains et bateaux du Vieux Port de Montréal dans le cadre des Symphonies Portuaires. LSM l’a rencontrée pour parler de son plus récent projet, une œuvre pour chœur, solistes, percussions et récitants.

«Ça fait déjà quelques années, en effet, que je compose des œuvres dans lesquelles je n’interviens pas comme interprète. J’adore jouer, mais je prends de plus en plus de plaisir à la composition. C’est suite à la Symphonie portuaire que j’ai composée en 2001 que m’est venue 1’idée de travailler avec un chœur. Parce que, bien sûr, on ne peut pas répéter avec les bateaux, alors pendant la générale, la veille, ce sont les interprètes qui doivent chanter leur partition et j’ai adoré les entendre.»

Il est vrai que la musique pour chœur n’est guère exploitée en musique actuelle et qu’elle ne l’est pas beaucoup plus en musique contemporaine. «C’est vrai qu’il y très peu d’exemples, acquiesce Danielle Palardy Roger. Lorsque j’ai parlé de mon projet, on m’a conseillé d’aller voir du côté de VivaVoce en me parlant de l’ouverture du chef Peter Schubert, et on ne s’était pas trompé. Le directeur et son chœur sont tout à fait ouverts à l’exploration. Et je leur demande des choses qui ne sont pas évidentes en musique chorale, comme de produire des dissonnances. Ils sont excellents.»

Les solistes de Bruiducœur sont Christine Duncan et DB Boyko. «J’ai travaillé avec elles il y a deux ans lors d’une résidence de deux mois au Western Front de Vancouver, précise Danielle P. Roger, et j’ai donc décidé de leur demander de participer à ce projet, connaissant leurs possibilités. Elles sont solistes et ce sont elles qui entraînent le chœur dans les passages improvisés. Il y a également deux percussionnistes, Patrick Graham et Jean Martin, qui travaillent un peu comme je le fais moi-même, c’est-à-dire par une recherche sur la texture, et qui sont d’excellents improvisateurs. Il y a aussi les deux récitants, Jacques Piperni et Danièle Panneton, et puis il y a le texte, un poème en 12 tableaux que j’ai écrit et qui raconte l’histoire de Lui, I’homme qui meurt, Elle, qui raconte la mort, et Le chœur, qui nous représente, nous qui mourrons aussi un jour. Un texte qui peut rappeler le langage exploréen de Claude Gauvreau. C’est bruitiste, dissonnant, amplifié et, finalement, assez éclaté.»

Le bruit, sans fureur

Par Guy Marceau in SOCAN, Paroles & Musique #10:3 (Canada), 1 septembre 2003
… l’improvisation, cette notion de liberté dans l’acte créateur, le hasard, l’aléatoire; tout ça demeure encore le plus grand moteur de ma créativité.

Danielle Palardy Roger est une battante de la musique actuelle. Même au banc de sa batterie, baguettes en main, la musicienne, compositrice, improvisatrice et productrice est mue par une force tranquille: celle des artistes qui n’ont d’autres choix que de faire ce qu’ils font tellement leur vocation est viscérale. À 54 ans, sous des cheveux bouclés en bataille et derrière des yeux d’un bleu profond, la rebelle est encore fidèle au poste et poursuit son travail de pionnière qui a mis la musique actuelle sur la carte québécoise.

À 27 ans, forte d’une créativité qu’elle déployait déjà en arts visuels, Danielle Palardy Roger s’est remise à la pratique artistique après avoir tourné le dos à l’académisme contraignant des arts appliqués. «À la suite d’une rencontre avec des musiciens d’avant-garde, j’ai décidé de plonger en musique, même si je n’avais pas de formation académique. Et justement, c’est en abordant ce nouveau monde sans cadre précis que j’ai pu explorer et développer ma créativité avec l’improvisation.»

Danielle Palardy Roger jouait des «drums» dans une fanfare, ce qui explique le choix de son instrument de prédilection, la batterie (et les percussions). «Je pouvais exprimer les rythmes et les sons, et il y a des rapprochements à faire avec la peinture comme le tachisme, l’automatisme et tout l’art du mouvement. Mais ce qui me portait et me porte encore, c’est l’improvisation, cette notion de liberté dans l’acte créateur, le hasard, l’aléatoire; tout ça demeure encore le plus grand moteur de ma créativité.» Le résultat: d’étonnantes fresques sonores, bruitistes, exploratoires, souvent minimalistes mais qui ne laissent pas indifférent. Le bruit, sans fureur.

Pionnière dans l’aventure

Évidemment, Danielle Palardy Roger n’était pas seule dans l’aventure. «Au début des années 80, on parlait peu du vocable ‘musique actuelle’. En Europe, on disait plutôt musique de traverse ou improvisée. Avec notre premier vinyle (du groupe Wondeur Brass), on s’est aperçu qu’on s’inscrivait dans un courant qui se précisait de plus en plus, porté par les musiques de Jean Derome, René Lussier, André Duchesne, Joane Hétu et Diane Labrosse. Ces deux dernières sont directrices artistiques de SuperMémé (devenu SuperMusique), une société de concerts fondée avec elle en 1979. Tout ce beau monde s’est regroupé pour fonder ensuite l’étiquette de disques Ambiances Magnétiques (aujourd’hui représentée par DAME), premier pas important pour la diffusion des musiques de la jeune scène actuelle au Québec. Et, presque simultanément, naissait le Festival international de musique actuelle de Victoriaville.

En 25 ans, plusieurs aventures, en concert et sur disque, ont ponctué le parcours de la musicienne et de ses alliées des premières heures: le trio Les Poules et Tricotage, un duo récemment formé avec la contrebassiste française Joëlle Léandre, sans compter tous les collectifs bruitistes et concerts thématiques avec de grands noms de la musique actuelle ainsi que les tournées internationales et nationales. Et des événements majeurs, tel le premier Festival international des musiciennes innovatrices, ont beaucoup contribué à la cause des femmes dans l’industrie musicale. De plus, Danielle Palardy Roger est l’auteure d’une vingtaine de compositions, pour musique écrite ou improvisée dont la Symphonie portuaire 2001, le livret et la musique du conte pour enfant L’Oreille enflée (1994), des musiques pour la danse, ainsi que de nombreux ducs, trios et quatuors pour divers instruments. Tout ça, un peu dans l’ombre…

Un long pèlerinage

Il faut avoir la vocation pour évoluer dans un courant plutôt «underpround» qui n’est pas précisément populaire. Mais les petits pas gagnés sont pour Danielle des pas de géant. Aujourd’hui, en plus de ses activités d’artiste, elle est notamment vice-présidente du Conseil d’administration du Conseil québécois de la musique et vice-présidente du Conseil régional du Centre de musique canadienne au Québec. Un lieu privilogié pour faire bouger les choses.

«Dans tous les courants de la musique d’aujourd’hui, il ne faut pas se leurrer, le développement du public est difficile. Tout le monde peut dire qu’il a entendu parler de musique actuelle mais ça ne veut surtout pas dire qu’on en consomme ou en écoute. C’est la reconnaissance de ces musiques qui pose problème et c’est en partie à cause du peu d’appuis à la diffusion de nos radios commerciales et d’État. Le public accuse un grand retard dans la perception des arts sonores, alors qu’il a pourtant bien absorbé l’éclatement des arts visuels. Je l’explique par la difficulté du corps à absorber le son qui fait écho jusque dans les viscères, un son qui déstabilise et dérange plus l’organisme qu’une image choquante.»

Danielle affirme que le jeune public est celui de l’avenir pour la musique actuelle. «Il est ouvert, très réceptif et démontre beaucoup d’intérêt et d’aptitude pour le genre. Et même dès l’enfance. Joane Hétu et moi donnerons d’ailleurs un atelier d’improvisation à des élèves du primaire à l’École Maisonneuve (Hochelaga-Maisonneuve) où ils composeront une pièce avec la technique d’improvisation.»

Parmi ses nombreux projets, Danielle écrit présentement Bruiducoeur, un oratorio de plus d’une heure pour chœur, solistes et narrateurs qui sera présenté à l’Espace Go au printemps 2004. Mentionnons aussi la composition d’une partition graphique pour l’ensemble SuperMusique (ensemble à géométrie variable) en vue des Journées québécoises de la musique improvisée en février prochain, et une tournée aux États-Unis et en Espagne avec le trio Les Poules au cours de l’automne. Un vœu pour l’avenir? «Avoir plus de temps pour rêver, composer et créer.»

Pour Danielle Palardy Roger, le temps est précieux et compté. Sa vie est réglée comme du papier à musique et pas question d’en perdre une seconde. Autrement, elle ne serait pas où elle est aujourd’hui. La situation de la musique actuelle au Québec est encore une de ses principales préoccupations. Voilà certainement un enieu de taille dans le travail de la musicienne, enjeu qui ne laisse aucune place à l’improvisation.

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