Coupure de presse

Bruits organisés, bruits fins, bruits de printemps

Par Alain Brunet in La Presse (Québec), 3 mai 2000

Lorsqu’elle qualifie de bruitistes ses Musiques de printemps, Diane Labrosse signifie qu’elles évacuent l’utilisation traditionnelle des instruments choisis.

«C’est plus proche de la performance, de l’installation ou de la fine manipulation que de l’interprétation au sens propre», explique la musicienne. Ce soir et demain au Centre Calixa-Lavallée, donc, son échantillonneur numérique ne sera pas couplé à un clavier tempéré. Les sources sonores emmagasinées dans sa machine seront traitées ici et maintenant.

Idem pour les menus objets qu’elle apportera. Idem pour ceux de ses collègues; la violoniste Maryse Poulin, le guitariste-luthiste Sam Shalabi, les percussionnistes Pierre Tanguay et Michel F Côté ne joueront pas de leur instrument «comme il se doit», ils en extirperont autre chose. Ils devront aussi tripoter toutes sortes de cossins. Même le danseur et chorégraphe Jacques Moisan sera invité à sortir de son rôle, ses «déplacements» seront de nature… sonore.

«Le projet, insiste Diane Labrosse, se concentre autour de la manipulation plutôt que de l’exécution musicale. Par exemple, Maryse ne prendra pas son violon pour en faire un usage ordinaire, elle en fera sortir des bruits inhabituels —épingles à linges accrochées aux cordes, traitement d’amplification, etc.»

On évoquera ainsi des ambiances et des états printanniers. Le vent, les mouches qui tapotent la fenêtre, etc. Ces Musiques de printemps seront offertes en deux parties. Primo, chaque musicien présente un solo d’environ cinq minutes à partir d’une thématique de son choix—ayant trait au printemps, bien entendu.«Les sons exposés en solo transpirent ensuite dans le travail collectif», pense la conceptrice. Secundo, I’équipe se produit dans différents contextes —trio, sextuor, etc.

Diane Labrosse explique en outre que ses Musiques de printemps doivent exprimer un maximum avec un minimum. «< Il nous t`aut trouver bon nombre de sonorités avec chaque petit objet. Ces limites mènent les musiciens à beaucoup développer les sonorités. Pour ce, chacun doit respecter l’espace sonore de l’autre. Il en résulte une musique très délicate. Ces bruits sont fins, à l’image de la nature qui s’éveille.»