Coupure de presse

Retour vers le futur

Par Bernard Lamarche in Le Devoir (Québec), 31 mars 2005

Un concert pour souligner 25 ans de musique actuelle

Pour ses 25 ans, la compagnie Productions SuperMusique se paye du luxe: l’Usine C et un retour dans le passé. Demain et samedi, un catalogue impressionnant de musique actuelle sera revisité, relu et actualisé. Ce catalogue est celui des trois fondatrices de la compagnie, soit Joane Hétu, Diane Labrosse et Danielle Palardy Roger, qui à elles seules peuvent revendiquer un pan considérable de la musique actuelle qui s’est faite au Québec depuis 1980.

Avec Palimpseste d’orchestre, Partitions grattées, coupées, collées et transformées, le trio de compositrices fera profiter les amateurs de trois nouvelles pièces faites à partir d’anciens morceaux. Les sonorités entendues seront celles, présentées sous forme de pot-pourri ou de citations revues et corrigées au goût du moment, de musiques pondues depuis 1979 en solo ou en collectif au sein de groupes dont les noms ravivent maints souvenirs: Wondeur Brass, Les Poules, Justine, Castor et compagnies ou encore Nous perçons les oreilles. Les grandes tendances des musiques produites par SuperMusique seront remises sur le tapis.

Sorte de bilan, ce concert fait de commémorations? Pas selon Joane Hétu. «On avait le goût de revisiter notre catalogue. C’est un temps d’arrêt, la première fois qu’on regarde en arrière. En musique actuelle, on a toujours la prétention d’être à l’avant-garde, dans la recherche, dans l’innovation. Au bout du compte, ce 25e anniversaire a permis de revoir le chemin parcouru.»

Danielle Palardy Roger proposera Music Mnésic, où des extraits d’anciennes partitions sont réinscrits dans une trame organisée autour de brouillages. Diane Labrosse signera Retour sur les lieux du crime, une pièce faite de superpositions de partitions, alors que Joane Hétu soumettra Zig Zag en forme de chants, qui reprend vingt courts extraits de pièces chantées.

Les musiques du passé seront rehaussées avec des instrumentations différentes, une nouvelle lutherie, des tourne-disques, des échantillonneurs et de l’électronique. «À mon avis, ça fait de la musique de 2005», selon Hétu, qui sera accompagnée, elle et ses comparses, par l’Ensemble SuperMusique, formé de onze musiciens plus que solides, dont Lori Freedman, Michel F Côté, Bernard Falaise, Jean Derome et Martin Tétrault.

Ce voyage dans le temps ramènera des sons perdus dans les dédales de l’histoire, notamment celle des années 80 et ses ambiances synthétiques. La musique actuelle d’hier n’est plus celle d’aujourd’hui, elle passe dans les moeurs, récupérée des années après par la pop. Hétu reconnaît qu’elle a souri à quelques reprises en astiquant ses antiques. Cette traversée l’aura menée à délaisser la chanson, pour favoriser une forme de musique improvisée, vers une musicalité marquée par le dépouillement, le minimalisme et le bruitisme.

Le concert sera un mélange de sonorisation conventionnelle et de spatialisation à plusieurs haut-parleurs, une rencontre d’anciennes musiques et de nouvelles. «Ça fait peut-être un spectacle qui peut toucher plus de gens qu’habituellement. Il n’y a pas que l’aspect très abstrait dans lequel on travaille maintenant. Il y a des thèmes qui ressortent. Parfois, il faut juste avoir un petit quelque chose pour s’accrocher, pour pouvoir prendre l’innovation.» À l’Usine C, demain et samedi, à 20h30.