Coupure de presse

Un quart de siècle de laboratoire pour l’Ensemble SuperMusique

Par Alain Brunet in La Presse (Québec), 1 avril 2005

Partitions grattées, coupées, collées, remixées, transformées. Un quart de siècle de relecture constitue le corpus de Palimpseste d’orchestre, concert commémoratif prévus ce soir et demain à l’Usine C.

Pour célébrer les 25 ans des Productions SuperMusique, les directrices artistiques Joane Hétu (saxophone), Diane Labrosse (échantillonnages numériques) et Danielle Palardy Roger (percussions) ont conçu ces concerts-événements afin de rendre compte du travail accompli par les groupes Wondeur Brass, Les Poules, Justine et de l’Ensemble SuperMusique dont elles sont les membres fondatrices. Assistées des membres de l’Ensemble SuperMusique, elles comptent y évoquer les tendances fortes de la musique actuelle telles que mises de l’avant depuis 1979.

Qui plus est, les trois œuvres au programme de ce Palimpseste d’orchestre nous feront vivre une expérience acousmatique: la musique interprétée sur scène par l’Ensemble SuperMusique sera traitée en direct par les sonorisateurs Bernard Grenon et Martin Léveillé, spatialisée par l’électroacousticien Jean-François Denis. Ambitieux concept, en somme, d’autant plus que l’Ensemble des trois musiciennes puise parmi les meilleurs éléments de la musique dite actuelle: les percussionnistes Pierre Tanguay et Michel F Côté, le contrebassiste Pierre Cartier, le guitariste Bernard Falaise, Martin Tétreault aux tables tournantes, Jean Derome et Laurie Freedman aux instruments à vent.

«Pour commémorer ces 25 ans, explique Danielle Palardy Roger, nous nous sommes donné carte blanche. Diane Labrosse est remontée jusqu’aux tout débuts de Wondeur Brass à l’époque où on a commencé aux Clochards Célestes (les actuelles Foufs), bien qu’elle ait aussi pigé dans un répertoire plus récent. Joane Hétu, elle, a entrepris de créer une seule pièce à partir de 20 miniatures d’une minute. Ces minutes comprennent aussi des éléments de ses propres projets tels Castor et compagnie ou Nous perçons les oreilles. Pour ma part, j’ai repris six pièces créées au cours de cette période, de la fin de Justine au premier répertoire de Wondeur Brass.»

On s’en doute bien, il est hors de question de livrer sur scène un décalque du passé.

«À l’époque, raconte Danielle Palardy Roger, nous n’écrivions pas la musique, nous n’avions pas de partitions. Il nous a donc fallu relire le matériel à partir des enregistrements. Par exemple, j’ai repris les pièces en dictée pour ensuite créer des partitions à partir des lignes développées par chaque instrumentiste. Mais il y a des différences évidentes avec les livraisons originelles; nous partons d’une base assumée par les trois créatrices, on fait ensuite évoluer le matériel.»

Non seulement l’ensemble SuperMusique s’appliquera-t-il à faire évoluer ses classiques, mais encore la diffusion des sons sera magnifiée ici et maintenant.

«Il s’agit aussi d’un projet de spatialisation acoustique. L’Ensemble sera assez éloigné du public, il sera amplifié par une façade stréréo conventionnelle, mais le public sera entouré de 12 enceintes mettant en relief des éléments sonores précis. En fait, la livraison sera beaucoup plus proche de la musique telle qu’on la pratique maintenant.»

Un quart de siècle de laboratoire, donc, ça se fête en grand. Danielle Palardy Roger ne se fera pas prier pour évoquer quelques souvenirs en ce sens.

«Nous étions dans une mouvance créatrice en théâtre, en arts visuels et en musique, mais c’est surtout de la musique qu’on voulait faire. Nous formions un groupe iconoclaste de femmes dont l’intention claire était de jouer d’une façon non conventionnelle. Nous ne voulions pas suivre de recettes, nous voulions aborder la musique d’une façon inédite, et ça a donné la musique qu’on connaît. Et qu’on fait encore évoluer aujourd’hui. Nous sommes toujours dans le même créneau, d’ailleurs.»

«Vingt-cinq ans plus tard, nous jouissons d’une réputation tant au plan de la production, de la diffusion que de la création. On ne fera pas dans la fausse humilité: au plan de la production et la diffusion des musiques de création, notre contribution est grande. En tant que créatrices? Nous sommes rendues ailleurs: nous continuons de fouiller, creuser. Nous n’avons pas une attitude anthologique en ce sens, nous ne faisons pas dans le pot-pourri. Nous revisitons, car nos musiques ne cessent de bouger. Parce qu’il n’y a pas d’intérêt à copier ce qui s’est fait il y a 25 ans. C’est pour ça qu’on trippe tant sur le concept de palimpseste.»

Palimpseste, rappelons-le pour vous épargner une visite dans le Petit Robert, est un parchemin manuscrit dont on a effacé la première écriture afin de pouvoir écrire un nouveau texte. Est-ce assez clair?

L’Ensemble SuperMusique se produit ce soir et demain, 20h30, à l’Usine C. Pour de plus amples informations: www.supermusique.qc.ca