Coupure de presse

La musique actuelle peut-elle vieillir?

Par Lili Marin in Radio-Canada: Guide culturel (Québec), 28 mars 2005

Pas pour les Productions SuperMusique, qui célèbrent 25 ans de création en grattant, coupant, collant et transformant leurs partitions en un Palimpseste d’orchestre.

Jamais de copie
«Je n’ai pas d’intérêt à rejouer les pièces telles que je les ai jouées il y a 20 ans. J’ai le goût de maintenir le lien avec où je suis dans la création, maintenant», prévient Danielle Palardy Roger, cofondatrice des Productions SuperMusique avec Joane Hétu et Diane Labrosse. Les musiques subiront en direct des manipulations électroniques, puis seront spatialisées via un orchestre de haut-parleurs. «Nous n’avons jamais travaillé dans la copie de nous-mêmes. Ça a joué contre nous, parce que ça a toujours dérouté notre public», admet-elle.

Exigeante mais accessible
Improvisée, bruitiste, électronique, la musique actuelle plaît autant aux philosophes qu’aux scientifiques, «des esprits qui cherchent de nouveaux chemins». Contrairement à la musique contemporaine, qui descend de la musique classique, elle n’est pourtant pas «une musique d’université». Dans la lignée des musiques populaires comme le folklore, le jazz et le rock, elle est de tradition orale.

Des improvisations envolées
«L’histoire de la musique actuelle n’existe pas, on est en train de la faire», affirme Danielle Palardy Roger. Pour ce spectacle commémorant un quart de siècle de diffusion de musique de création, elle a dû se prêter à un véritable travail d’archéologue, notant les morceaux qui avaient été enregistrés sur disques. «À l’époque, comme nous travaillions en collectif, il n’y avait pas de partition de chef. Chacun avait la sienne, quand ce n’était pas carrément du par coeur, ce qui fait que beaucoup de musiques se sont perdues.»

Mémoire numérisée
Afin de remédier à cette absence de traces, Productions SuperMusique a mis en ligne ses archives: articles, programmes, photos, affiches et pochettes de disques qui ont marqué le parcours de la compagnie depuis ses débuts en 1979. Une exposition de quelques documents historiques se tiendra aussi dans le foyer de l’Usine C, lors des deux concerts.

Wondeur Brass, Les Poules, Justine et les autres
«Le type de musique qu’on faisait, personne n’en voulait, se souvient Danielle Palardy Roger. Il y a 25 ans, une femme qui jouait de la batterie, du sax, de la trompette, de la basse, ce n’était pas fréquent - ça ne l’est toujours pas - et ça nous excluait.» Voilà pourquoi elle a fondé avec huit autres femmes un premier collectif, Wondeur Brass, que le chroniqueur Pierre Foglia avait qualifié de subversif. D’autres ont suivi, tandis qu’elles poursuivaient en parallèle des projets solos.

Mouvement international
Avant de participer au festival français Musiques et femmes, en 1984, elles se croyaient seules au monde à faire ce genre de musique. Elles y ont découvert le Feminist Improvising Group et , un collectif de rock progressif iconoclaste. «C’est là que nous avons été capables de nous identifier à un mouvement. Puis, nous avons pris contact avec d’autres musiciens qui faisaient ce genre de musique à Montréal.» C’est ainsi qu’elles ont commencé à collaborer avec les René Lussier, Robert M. Lepage, Jean Derome et André Duchesne, qui ont fondé l’étiquette Ambiances magnétiques.

Nouvelle lutherie
Aujourd’hui, l’exploration musicale passe beaucoup par l’ordinateur et la nouvelle lutherie (instruments trafiqués, tourne-disques, etc.). «Nous avons d’excellentes instrumentistes à Montréal et il y a une relève intéressante, surtout en électronique.»

Une salle dédiée aux musiques d’aujourd’hui
«Présentement, nous devons nous promener dans diverses salles, davantage conçues pour l’oeil que pour l’oreille, au gré de leurs disponibilités. En plus de nous coûter cher, cela fait difficile pour le public de nous retrouver.» Les Productions SuperMusique, de concert avec le Nouvel ensemble moderne et Réseaux des arts médiatiques, travaillent depuis 2001 pour doter les musiques d’aujourd’hui d’un lieu dédié, avec une salle de spectacles, un café et un espace pour accueillir des artistes étrangers. Un tel lieu existe à Amsterdam, De IJsbreker (Le Brise-Glace). Il s’y donne environ 150 concerts par an.