Coupure de presse

Musique topographique

Par Frédérique Doyon in Le Devoir (Québec), 9 octobre 2009
… compositions disent où et quand jouer, mais pas quelle matière…

Les trajectoires de 20 musiciens et de 10 danseurs dans les galeries de l’édifice Belgo du centre-ville de Montréal feront écho, demain, aux 30 années de parcours des Productions SuperMusique (PSM). BELGOrientation convie le public à ce dédale auditif, visuel et proprioceptif, sous la gouverne du compositeur topographique de Toronto, Scott Thompson.

«Une partition typique dit aux musiciens quoi jouer, mais pas quand ni où. Ma philosophie, c’est l’envers de ça: mes compositions disent où et quand jouer, mais pas quelle matière», résume ce dernier.

Il crée des mises en situation pour chacune des cinq étapes du spectacle: un violoncelliste et une danseuse dans la galerie Joyce Yahouda du cinquième étage; une saxophoniste, un tromboniste et un danseur dans la galerie [SAS] du quatrième étage. Puis il orchestre leurs déplacements, dans le temps et dans l’espace, faisant la part belle au hasard des rencontres dans les corridors. Un tel langage devient ainsi lisible tant pour un danseur que pour un musicien ou un simple spectateur, lui aussi créateur de la proposition artistique par ses choix.

«Ses partitions sont comme des circuits à l’intérieur desquels les gens se rencontrent et le public décide lui-même son parcours; il n’est pas statique dans la perception de l’œuvre», précise, à propos du compositeur de 34 ans, Joane Hétu, directrice et fondatrice de PSM avec Danielle Pallardy Roger et Diane Labrosse, qui a quitté le navire l’an dernier.

Cette grande fresque mouvante, imprévisible, en devient même impossible à saisir dans son ensemble, ce qui fait aussi partie de son charme.

«Mon inspiration principale, ce sont les musiciens et les danseurs. J’essaie de créer un environnement hors du commun pour leur talent et pour l’expérience du public. Et pour créer cet environnement, je m’inspire de l’architecture spécifique d’un lieu», explique Scott Thompson, à qui le Belgo s’est imposé d’emblée par son amour pour les édifices industriels investis par l’art contemporain.

Cette grande manifestation reflète bien l’esprit qui préside aux créations des PSM, nées Wondeur Brass en 1979, puis Productions SuperMémés jusqu’en 2002. Nouvelles, actuelles, créatives: les noms pour désigner leur genre musical se multiplient, justement parce que ce genre reste fuyant, indomptable, allant des musiques fondées sur des partitions, et interprétées avec des instruments traditionnels, jusqu’aux musiques bruitistes et improvisées à partir de bidules et d’objets courants. Mais surtout, ces musiques ont toujours frayé avec les autres disciplines artistiques (danse, arts visuels, performance) et mélangé les générations d’artistes.

C’est à PSM qu’on doit la perfusion musicale de la superbe installation Each and Every Inch du Cryptic Theater de Glasgow, à l’Usine C en 2002. Les PSM sont aussi entrées dans la danse pour Treize lunes, coproduction avec Danse-Cité qui jumelait 10 danseurs et 10 musiciens.

BELGOrientation convie à son tour autant la relève (Emmanuel Jouthe et les soeurs Lombardo pour la danse, Mélanie Auclair, Rémy Bélanger de Beauport, Antoine Berthiaume pour la musique) que des chorégraphes-interprètes (Louise Bédard, Sophie Corriveau) et des musiciens au long parcours (Pierre Tanguay, Lori Freedman).

«C’est un très grand honneur d’être invité à faire un projet avec PSM, qui est un modèle inspirant pour la diffusion et la promotion des musiques créatives au Canada et à l’étranger», dit Scott Thompson.