Coupure de presse

Ensemble SuperMusique: les oiseaux rares de la musique actuelle

Par Florence Leyssieux
Plus qu’une expérience esthétique c’est une véritable remise en question de notre attitude réceptive que nous avons vécue en nous immergeant dans la musique actuelle et improvisée.

C’est à un concert stimulant et intelligent de musique actuelle et improvisée que nous conviait l’Ensemble SuperMusique le 23 mars dernier dans la Salle Multimédia du Conservatoire de musique de Montréal. Dix interprètes, six compositeurs et un public très réceptif étaient réunis pour explorer des espaces sonores aléatoires, inédits et éphémères. Tant pour les interprètes que pour les auditeurs, aborder la musique actuelle c’est désapprendre ce que l’on a appris: pas d’académisme ni de conformisme ou d’émotions préfabriquées dans cette forme d’expression; mais une utilisation non conventionnelle des instruments et de la voix pour en retirer toutes les possibilités sonores et expressives, des partitions graphiques ou des indications verbales du compositeur, des sons enregistrés, des bruits, des textes quelques fois. Il faut lâcher prise et accepter de se laisser surprendre pour pénétrer dans un territoire vierge où rien n’est figé ni standardisé mais où tout est à découvrir et à construire. Pour les interprètes, chaque représentation est un nouveau défi à relever. Qu’ils soient des vétérans ou des nouvelles recrues, les musiciens de l’Ensemble SuperMusique savent maîtriser l’imprévisible et être à l’affût d’une idée nouvelle sur laquelle ils pourront rebondir. Ils allient instinct et savoir-faire tout en jonglant avec spontanéité et réflexion. Ils associent improvisation et virtuosité dans un geste créateur qui prolonge et finalise la pensée de l’auteur.

La sincérité et la générosité qui émanent du jeu des interprètes nous invitent à pénétrer dans l’univers des compositeurs. Progressivement, on se laisse envoûter par une musique dont on perçoit peu à peu l’organisation, la logique et le sens. À travers les dissonances se crée une fusion harmonieuse entre la salle et la scène. On apprend ainsi à goûter la saveur particulière des silences de John Cage et à se laisser happer par l’univers méditatif de Danielle Palardy Roger. On explore l’aléatoire en feuilletant Les cahiers de Diane Labrosse. Tel un magma se mouvant lentement, les strates sonores de Jesse Stewart nous enveloppent progressivement, tandis qu’en se déplaçant, les musiciens recomposent l’espace sonore de Malcolm Goldstein. Quant à Sandeep Bhagwati, c’est à une réflexion musicale et spirituelle qu’il nous invite avec ses Oiseaux d’ailleurs.

La grande part de liberté, mais aussi de responsabilité, que le compositeur laisse à l’interprète valorise ce dernier et reflète le respect mutuel et la relation de confiance qui s’est instaurée entre eux. Quant aux qualités humaines des membres de l’Ensemble SuperMusique, elles se manifestent dans la complicité, l’émulation et le plaisir de jouer ensemble qui transparaissent tout au long de la prestation.

Plus qu’une expérience esthétique c’est une véritable remise en question de notre attitude réceptive que nous avons vécue en nous immergeant dans la musique actuelle et improvisée.